Publié dans Histoire

Comment la police de Vichy s’est totalement soumise aux nazis

Longtemps passée sous silence, taboue, la police de Vichy a pourtant eu un rôle déterminant dans la collaboration avec les Allemands. Sans elle, ils n’auraient jamais été capables de rafler autant de Juifs de France. Dans un remarquable documentaire à voir sur France 3 le 19 septembre, Laurent Joly et David Korn-Brzoza reviennent sur l’histoire indigne de nos forces de l’ordre.

« La police française a réalisé jusqu’ici une tâche digne d’éloges ». Cinq jours après la rafle du Vel’ d’hiv, le général en chef de la SS en France, Carl Oberg, acclame en ces mots les forces de l’ordre françaises. Elles viennent d’orchestrer et de réaliser une opération colossale, arrêtant 13 152 Juifs parisiens en quelques jours.

Peu connue, la police française est pourtant « la principale force du régime de Vichy » et « le principal atout de la Collaboration », rappelle le documentaire La police de Vichy. Diffusé sur France 3 mercredi 19 septembre, en prime time à 20h55, ce film revient sur la proximité extrême des forces de l’ordre avec le régime nazi, jusqu’à la Libération.

Le brillant historien Laurent Joly y pointe une réalité déchirante : les flics français ont une grande responsabilité dans l’extermination des juifs. Sous l’état dictatorial de Pétain, c’est la police de Vichy qui a largement collaboré avec la Gestapo, raflé les Juifs, les réfugiés politiques, les communistes, les résistants, ou encore donné des noms d’otages à exécuter aux Allemands.

Un soldat SS avec un policier français. © Mémorial de la déportation

Des camps d’internement en zone libre, surveillés par les Français

Car les forces de l’ordre françaises ont dépassé les attentes des Nazis. « Dès le premier jour [de l’occupation], l’occupant est surpris de l’esprit de collaboration étonnant des policiers français », narre la voix off. Et cet esprit ne se tarira pas. Si « des dizaines des flics réputés antinazis sont arrêtés », les hommes restant se mettent au pas d’Hitler, « sans complexe ». A la tête de la police, des activistes d’extrême-droite, des hauts fonctionnaires, ou des anticommunistes déterminés noueront des « arrangements criminels avec les Allemands ». 

Sans sourciller, le Ministère de l’Intérieur commence par ouvrir en zone libre des camps de concentration (pudiquement appelés « camps spéciaux ») pour y interner 40 000 Juifs étrangers. Uniquement surveillés par les forces de l’ordre françaises, les détenus vivent dans des conditions dramatiques. A l’hiver 1941, « dans le seul camp de Gurs, plus de 700 internés décèdent ». 

“Le pire est à venir”

Plus la guerre avance, plus l’épuration politique et raciale ira loin dans l’horreur. « Le pire est à venir », conte le documentaire, compilant archives rares, vidéos de propagande et articles de journaux d’époque. En 1942, les forces allemandes dans l’Hexagone ne sont plus que 40 000 (trois fois moins que leurs collègues français), mais les chefs de Vichy n’en profitent pas pour freiner leur collaboration avec les Nazis. Bien au contraire.

Quand les hommes du Reich annoncent la déportation prochaine de 5 000 Juifs en zone occupée, le nouveau chef de la police René Bousquet leur fait savoir qu’« il y a aussi des milliers de Juifs étrangers en zone libre, et qu’il serait disposé à [leur] livrer ». Un mois plus tard, en juin 1942, les Allemands réclament ainsi la livraison de 40 000 Juifs de France. Cet objectif sera malheureusement dépassé. « A la fin de l’année 1942, 42 000 victimes ont quitté [l’Hexagone] à destination d’Auschwitz ».

“Vichy prétend s’être entendu avec l’occupant pour sauver les Juifs français. En vérité, il en a sacrifié des milliers.”

Prestation de serment des agents de police, faisant le salut fasciste au palais de Chaillot, à Paris, en janvier 1942 (photographie interdite par la censure). © LAPI / Roger-Viollet

Le drame des enfants, une honte absolue

L’indignité des forces de l’ordre atteint son paroxysme lors de la rafle du Vel’ d’hiv’. Dans un premier temps, les Allemands n’avaient pas prévu de déporter les Juifs de moins de seize ans. Mais ce n’est pas de l’avis des policiers français, qui arrêtent 13 152 « Israélites », dont 4 000 enfants.

Alors que le chef du gouvernement Laval avait prévu de livrer 24 000 Juifs aux Allemands, il rougit devant cet « échec relatif ». Et « insiste ainsi pour que les enfants soient déportés avec leurs parents ». Deux semaines plus tard, les Nazis donnent leur accord à la déportation des enfants. Si leurs parents ont déjà été envoyés dans les camps de la mort, « les enfants, dont plus de 800 ont moins de six ans, sont déportés sans eux, dans des wagons plombés ».

“Le drame des enfants a fait joué à la police et à la gendarmerie le rôle le plus honteux de leur histoire.”

“Tous ont tenté de justifier l’inacceptable”

A la fin de la guerre, à leurs procès, les responsables de Vichy n’hésitent pas à se cacher derrière des mensonges culottés, éhontés, martelant effrontément qu’ils ont sauvé des Juifs français. « Tous ont tenté de justifier l’inacceptable ». Avec talent, le réalisateur David Korn-Brzoza confronte les paroles fallacieuses des chefs de la police (incarnés par des comédiens) et les archives, ne laissant aucun doute sur leur culpabilité. Laval, Bousquet ou encore Darnand reprennent ainsi vie, cachés derrière un cynisme affligeant.

La reconstitution des paroles de René Bousquet, dans le documentaire La police de Vichy © PROGRAMM 33

Jusqu’à la Libération, les arrestations de Juifs, mêmes français, se multiplieront. Début 1944, sous la houlette du nouveau Ministre de l’Intérieur Joseph Darnand, la terreur s’installe. Les policiers traquent, torturent et assassinent les résistants et réfractaires au Service du travail obligatoire (STO).

Les flics, valets de la Gestapo devenus miraculeusement résistants 

Mais après le Débarquement, le vent tourne chez les policiers. Sans pour autant déserter, « 40% [d’entre eux] sont officiellement souffrants » en juillet 1944. Dans les combats pour la Libération de Paris, les flics sont en première ligne, et se joignent aux résistants. « Pourtant, parmi ces héros du jour, nombreux avaient jusque-là exécuté les pires ordres : arrêter des résistants, ou rafler des Juifs. »

Les combats de Paris suffisent toutefois à « laver l’opprobre ». En ces temps agités, le pouvoir gaulliste a besoin de forces de l’ordre, et « tourne la page de la collaboration policière ». La police sera quand même « le corps professionnel le plus épuré à la Libération ».

“Plus de 10 000 policiers sont sanctionnés, internés ou jugés. Les chefs des brigades spéciales, les commissaires zélés, les pourvoyeurs de pelotons d’exécutions, sont condamnés à de lourdes peines.”

Si Laval est condamné à mort, certains réussissent à se faire oublier, comme René Bousquet. « Responsable des grandes rafles anti-juives », il est acquitté en 1949 pour services rendus à la résistance. Il n’est inculpé qu’en 1993 pour complicité de crimes contre l’humanité, avant d’être assassiné par un déséquilibré la veille de son procès. Laurent Binet écrit dans son livre HHhH (Grasset, 2009) que ce « spectaculaire abruti » nous a ainsi privés du « procès du siècle ».

La Police de Vichy, de David Korn-Brzoza et Laurent Joly, sur France 3, le mercredi 19 septembre à 20h55.

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Publié dans Société

APL, RSA, AAH… 4 questions pour comprendre ce que va changer le « revenu universel d’activité »

PAUVRETÉ – En présentant jeudi son « plan pauvreté », Emmanuel Macron a annoncé la création en 2020 « d’un revenu universel d’activité ». La traduction d’une promesse de campagne visant à fusionner les minima sociaux, mais dont les contours restent flous. Seule certitude : ce revenu sera conditionné.

https://www.lci.fr/politique/aah-apl-rsa-4-questions-pour-comprendre-ce-qui-va-changer-avec-le-revenu-universel-d-activite-macron-2098288.html

Lisez l’article ici…

Publié dans Musique

Le musicien Rachid Taha est mort

Le musicien algérien Rachid Taha est décédé à l’âge de 59 ans

Le musicien algérien Rachid Taha est mort ce mercredi 12 septembre, à Paris, d’une crise cardiaque. Il devait monter sur la scène de l’Opéra de Lyon le 22 septembre prochain, pour fêter les 20 ans de Diwân, son album de reprises de classiques de la musique arabe sorti en 1998.

Publié dans Société

Le nouveau monde

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Miracles de la société moderne : hier Orange annonçait la fin du téléphone fixe, aujourd’hui, de nouveau, les « petites lignes » ferroviaires sont remises en question.

Dans mon village, où nombre de personnes sont retraités, le portable passe très mal voire pas du tout, il n’y a aucun transport en commun à part un bus scolaire (1 aller à 7h du matin et 1 retour à 7h du soir vers Béziers).

D’autre part, depuis l’année dernière on ne peut plus faire ou refaire ses papiers à la mairie, il faut aller à la préfecture (45 km).

Même dans ce village agricole tout est hors de prix, il n’y a qu’un petit supermarché Casino (la chaîne la plus chère). La baguette est à 0,95€, contre 0,39€ à Intermarché à Lézignan (15 km), tout ce qui est alimentaire est entre 30 et 50% plus cher qu’ailleurs … et je ne parle pas de l’épicerie ou de la boulangerie du village ou encore du marché hebdomadaire : c’est encore plus cher et pas meilleur.

Résultats : Environ le quart de la population n’ayant pas internet (et souvent pas d’ordinateur), comme mes voisins, vont devoir dépenser un abonnement pour obtenir une box ce qui équivaut à doubler le prix des communications. Par contre Orange va se faire, à leur dépend des c…… en or.

Sur les routes, souvent en mauvais état, circulent nombre de camions (il faut bien) qui n’arrivent pas à prendre les ronds-points et, c’est un comble, provoquent des embouteillages dans les petits villages. Depuis la baisse de la vitesse sur les routes secondaires on ne peut plus les doubler en campagne (et ne parlons pas des tracteurs et autres engins agricoles circulant à 30 km/h alors que c’est officiellement interdit, mais il faut bien qu’ils aillent vers les champs).

Depuis mon arrivée j’ai l’habitude de transporter des gens à Béziers, Narbonne, ou Lézignan ne serait-ce que pour faire des courses et je n’ose demander qu’un minimum de partage à des gens déjà désargentés. L’essence est vite amortie par la différence de prix mais ma voiture s’use et de toutes façons ne passera pas le nouveau contrôle technique.

A Lézignan on peut prendre le train, mais il s’agit d’une des « petites lignes » visée par les nouvelles réformes, il faudra alors faire au minimum 45 km pour trouver une gare … comment y aller ?

Mais bien sûr tout cela est bel et bon pour les fournisseurs d’accès, les vendeurs de voitures et les pétroliers, dans notre nouveau monde quand l’entreprise va tout va !

Qu’en est-il de la pollution alors qu’on se prétend « écologique » ? On remplace un transport peu polluant par des dizaines, des centaines de camions roulant au diesel et usant chacun les routes autant qu’une quarantaine de voiture ? Et on oublie que les trains ne transportaient pas que des voyageurs, mais aussi des marchandises.

Les trains doivent être rentables, les hôpitaux doivent être rentables, l’école aussi, …

Disgression.

On se prétend une société « libérale » mais jamais mes parents, qui ont vécu la guerre, n’auraient accepté toute la surveillance, les interdictions et les obligations actuelles qui leur aurait bien trop rappelé l’occupation !

Prenons un exemple : la cigarette.

On nous a expliqué, à juste titre, en long en large et en travers (surtout en travers), que fumer favorisait beaucoup les cancers, surtout le cancer du poumon (mais pas seulement).

Une fois les personnes mises au courant, n’est-ce pas un choix individuel que d’en prendre le risque ?

Bien entendu, il est normal d’interdire de fumer dans les endroits fermés, mais en plein air ? Et la liberté individuelle ?

J’entends déjà les cris de ceux qui vont me lancer la sécurité sociale à la figure. Pourtant les études montrent qu’à la différence de l’alcool le tabac fait faire des économies à la société : beaucoup de consommateurs abrègent leur vie et coûtent moins en retraites, de plus tous le monde meurt un jour et les traitements généralement suivis dans les dernières années de leur vie sont tous aussi onéreux.

J’ai choisi cet exemple car c’est un cas extrême, mais pensons à la ceinture de sécurité (si une personne ne la met pas elle ne prend des risques que pour elle-même) et aux contrôles techniques, au nombre de chemins interdits (parc nationaux, forêts domaniales, …). Dans ma vie j’ai passé des années, si l’on met les périodes bout à bout, à camper un peu partout, ce qu’on appelle le « camping sauvage ». Aujourd’hui c’est interdit. J’ai pris des risques, mais je n’ai jamais demandé de secours (d’ailleurs personne ne savait où j’étais), j’ai pris mes responsabilités et je n’ai pas mis la vie d’autrui en péril.

Il y a presque 700 000 textes de lois, de décrets, de règlements ce qui fait la fortune des avocats, des experts fiscaux et autres parasites.

Maintenant on nous traite comme des enfants, on nous déresponsabilise et après on se plaint que le bas peuple ne vote pas bien ou n’obéisse pas aux injonctions médiatiques.

Ce *¤$&*%# de libéralisme se transforme en dictature au profit des « gros » sur le dos des petits qu’on dépouille et oblige à suivre des chemins « corrects ».

Auteur de l’article: Finael

Publié dans Faits divers

Vendée : il creuse un trou sur une plage et est pris au piège par la marée

Les nombreux secours dépêchés sur place ne sont pas parvenus à l’extraire à temps de son trou.

La mer a été une nouvelle fois meurtrière. Dimanche, un jeune homme de 21 ans est mort sur une plage de Noirmoutier (Vendée), rapporte Ouest-France.

C’est une activité anodine qui a conduit au drame. Vers 17h30, le jeune homme creusait un trou sur la plage de Barbâtre, au sud de l’île, quand la marée est montée. Il s’est alors retrouvé pris au piège, bloqué par le sable. Affolés, des témoins ont donné l’alerte.

Douze sapeurs-pompiers ont été dépêchés sur place, ainsi que les secours aquatiques des centres de Beauvoir-sur-Mer, Saint-Gilles-Croix-de-Vie et Saint-Jean-de-Monts. Malgré leur mobilisation, ils n’ont rien pu faire.

Le corps de la victime a été extrait vers 20h30. Aucune information sur son identité n’a pour l’instant été révélée.

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Publié dans Société

90 euros d’amende pour un regard appuyé ? Le coup de gueule de Frédéric Delavier

Faire des commentaires sur le physique ou la tenue vestimentaire, tenir des propos sexistes, avoir des regards trop appuyés, siffler une femme ou suivre une personne qui ne répond pas : ces comportements seront bientôt sanctionnés d’une amende de 90 €. Le montant pourra grimper jusqu’à 750 € et même à 3000 € en cas de circonstances aggravantes ou de récidive. Elles pourront être assorties d’un stage de civisme. Les premières amendes seront appliquées à l’automne. Frédéric Delavier voit dans le fait de sanctionner le regard de l’homme sur les femmes une régression civilisationnelle.

 

Attention : Frédéric Delavier se base sur une infographie de M6, qui semble un brin caricaturale selon le Décodex. C’est davantage un ensemble de comportements désobligeants envers les femmes qui pourrait être sanctionné par la loi qu’un simple regard trop appuyé. Les dragueurs (courtois) peuvent donc être rassurés.

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Publié dans Football

Mondial 2022: Blatter reconnaît une tricherie

qatar

L’ancien président de la FIFA affirme dans son livre que ses collègues ont mis de côté le fait que le Qatar n’était pas en mesure d’organiser la Coupe du Monde 2022. Il mentionne notamment le nom de Michel Platini.

Dans son livre Ma Vérité, l’ancien président de la FIFA Joseph Blatter a reconnu que le Qatar a obtenu l’organisation de la Coupe du Monde 2022 de manière frauduleuse, informe The Times.

Selon M. Blatter, ses collègues du comité exécutif (Exco) ont mis de côté le fait que le Qatar n’était pas en mesure d’accueillir une Coupe du Monde. Il allègue que la victoire du Qatar résulte d’une «combinaison de collusion et de pressions politiques» exercée par Michel Platini, ancien président de l’UEFA, qui était membre de ce comité.

Le 29 juillet le journal britannique The Sunday Times a affirmé que le comité d’organisation du Qatar avait employé des Américains spécialisés en relations publiques ainsi que des anciens agents de la CIA qui auraient organisé une campagne de propagande afin de diffuser de «fausses informations» concernant leurs principaux rivaux, l’Australie et les États-Unis, lors de la campagne pour la compétition de 2022.

Joseph Blatter, âgé de 82 ans, a été à la tête de la FIFA de 1998 à 2015. Il a été suspendu pour huit ans sur fond d’une affaire de corruption impliquant de nombreux responsables de la FIFA. Cette décision du comité d’éthique de la fédération sportive a été ultérieurement ramenée à six ans.

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Publié dans Diplomatie

Haïti : les raisons de la révolte

Les récents événements en Haïti ne sauraient surprendre aucun observateur doté d’un minimum de lucidité. Le pays s’enfonce de plus en plus dans une crise sociale, économique et politique que ni le gouvernement illégitime actuel ni l’oligarchie richissime et mafieuse ne veulent voir ni entendre parler. L’un (le gouvernement) s’évertue à faire danser le peuple ou lui offrir des spectacles de foot, souhaitant que la misère serait plus supportable en dansant ou en célébrant la victoire de l’équipe brésilienne ; l’autre (l’oligarchie) affichant, jusqu’à la nausée, sa profonde haine du peuple, le considérant comme dépourvu d’humanité et indigne du moindre respect.

 

 

 

 

 

Pourtant, l’aveuglement, le faire-semblant, l’évasion ne peuvent en aucun cas occulter les raisons de la révolte. Et elles sont nombreuses :

  • La corruption gangrénant jusqu’à la moelle le gouvernement et les institutions de l’État (y compris le Parlement, les ministères, etc.). La somme colossale de près de cinq milliards de dollars du Petro-Caribe, geste de solidarité inestimable du gouvernement bolivarien du Venezuela envers le peuple haïtien, est détournée au profit de quelques bandits, parachutés par l’impérialisme étatsunien à la tête de l’État. N’est-ce pas là le plus grand scandale financier que notre pays ait connu depuis l’odieuse dette de l’indépendance de 1820 ? On a du mal à imaginer les retombées positives d’une telle somme en termes de constructions de routes, d’écoles, d’hôpitaux, etc., si seulement le pays disposait d’un État responsable, de dirigeants intègres, de patriotes visionnaires.
  • Le maintien du salaire minimum de famine plongeant dans une misère répugnante et déshumanisante des familles entières d’ouvrières et d’ouvriers. Toute velléité, de la part des travailleuses et travailleurs, pour demander d’augmenter, tant soit peu, cette paye de misère, est écrasée sans aucune considération. L’oligarchie sous-traitante et mafieuse se percevant elle-même comme l’unique bénéficiaire de droits humains fondamentaux : le droit à la nourriture, au logement, à l’éducation, à la santé, etc., ne voit, dans les revendications légitimes populaires, que l’expression de la sauvagerie et de la barbarie. N’est-ce pas là la résurgence de l’idéologie colonialiste esclavagiste dans son état le plus dégradant ?
  • La destruction de notre agriculture, de notre industrie nationale, de nos services sociaux créant les conditions d’un éclatement de la société civile. Depuis des décennies, les gouvernements, qui se sont succédé au pouvoir, ont concouru, chacun à sa façon, à son rythme, à détruire notre souveraineté économique et politique. Cette politique néolibérale, conçue et mise en place par l’impérialisme, a réduit notre pays dans un état de dépendance telle que les moindres produits agricoles ou manufacturiers doivent être importés. N’est-ce pas là la soumission totale d’une nation, pourtant indépendante depuis 1804, aux intérêts d’étrangers qui perçoivent le peuple haïtien comme un groupe d’indigènes exploitables et corvéables à volonté ?
  • L’acquisition de notre sol, sous-sol et territoire au profit de l’industrie extractive causant de graves risques sociaux et environnementaux. Aujourd’hui, des multinationales s’apprêtent à exploiter des mines métalliques dans le nord-est du pays. Les conséquences d’une telle exploitation sont connues : assèchement ou empoisonnement des rivières, déportations massives de populations, expropriations, etc. Malgré de multiples protestations, d’études montrant les dangers d’une telle exploitation, le gouvernement Moise ainsi que le Parlement croupion ont l’intention de signer en catimini un scandaleux projet d’exploration et éventuellement d’exploitation de nos ressources minières. Là encore, quand un gouvernement et des institutions étatiques se portent garants d’intérêts de compagnies étrangères au détriment du bien-être de la population, n’est-ce pas là la définition même du néocolonialisme ?
  • L’exode massif de nos jeunes vers des États étrangers, les considérant comme des voyous et des envahisseurs. Incapable et refusant de mettre en place le moindre programme social, l’État néocolonial encourage le maximum de gens à s’expatrier. Aucun service public digne de ce nom n’est disponible pour une population dont plus de 80% vivent avec moins de deux dollars par jour. L’état complètement délabré des écoles et des hôpitaux publics ainsi que l’insalubrité des villes et des quartiers populaires illustrent bien la situation d’une nation complètement à la dérive. Mais là encore, cela n’est que le cadet des soucis de cet État fantoche.
  • L’implication ouverte et démesurée de l’impérialisme (particulièrement étatsunien) depuis 1986, et surtout depuis le coup d’État de 1991, dans les affaires internes de notre pays, formant et destituant les gouvernements. Lors de la dictature sanguinaire des Duvalier, la « stabilité » du pays était assurée. Sous la protection de l’État terroriste, l’oligarchie et les compagnies étrangères pouvaient, sans crainte, exploiter, spolier et écraser toutes formes de revendications. Depuis la chute de la dictature, en 1986, l’impérialisme joue pieds et mains pour maintenir le statu quo. Il s’évertue notamment, depuis le coup d’État de 1991, à réduire l’État haïtien en un État fantoche, destiné à mettre en place strictement les mesures néolibérales. L’assujettissement de cet État atteint son apogée avec l’arrivée au pouvoir du régime mafieux de Martelly. Toutes les exactions furent permises : les fonds générés par le programme Petro-Caribe sont spoliés ouvertement et, au-delà de spectacles grossiers et misogynes du président tèt kale (crane rasé), l’écrasement du mouvement ouvrier et populaire se poursuivait.

Aujourd’hui le pourrissement de l’État néocolonial et l’exacerbation des contradictions sociales sont tels qu’il ne suffit pas de changer de gouvernement ou même d’effectuer des réformes pour arriver à long terme à des changements réels. Le cirque des élections sous le contrôle des puissances occidentales doit être combattu et dénoncé. Nous sommes à un moment de notre histoire où le choix d’un nouveau pays s’impose. Celui-ci ne pourra exister sans les luttes constantes et structurées des organisations populaires et progressistes.

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