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La droite demande à Fillon de rendre le reste de la cagnotte de campagne

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Le parti français de droite Les Républicains a lancé dimanche un appel du pied à son candidat malheureux à l’élection présidentielle, François Fillon, pour que son micro-parti lui rende trois millions d’euros non utilisés pendant sa campagne.

« Je pense effectivement que les financements qui ont été liés à la campagne des présidentielles par une primaire qui a été portée par le parti Les Républicains doivent revenir au parti LR », a déclaré le chef de file des députés du parti de droite Christian Jacob, sur la chaîne BFMTV. « Je pense que cela serait sain ».

Plombé par un retentissant scandale d’emplois fictifs présumés accordés à sa famille et payés sur les deniers publics, le candidat conservateur François Fillon a été éliminé au premier tour de la présidentielle, alors qu’il était parti favori de la course au terme d’un quinquennat socialiste très impopulaire.

Il a été inculpé en mars pour « détournement de fonds publics » et « recel d’abus de biens sociaux ».

La campagne présidentielle de l’ex-Premier ministre a été financée par près de 10 millions d’euros de bénéfices issus du vote de la primaire (2 euros par tour) ayant désigné M. Fillon, ainsi que par des dons encaissés par Force Républicaine, le micro-parti fondé par François Fillon.

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François Fillon lâché par son entourage

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Les deux directeurs adjoints de campagne du candidat de Les Républicains (LR) à l’élection présidentielle François Fillon ont présenté leur démission jeudi, rapportent les médias français. Ces démissions interviennent au lendemain de l’annonce de la prochaine mise en examen du député de Paris à la suite des soupçons d’emplois fictifs qui pèsent sur son entourage.

Sébastien Lecornu a estimé dans un communiqué de presse qu’il n’était « plus à même de remplir (ses) fonctions ». Vincent Le Roux, l’autre adjoint du directeur de campagne Patrick Stephanini, lui a emboité le pas un peu plus tard dans la matinée.

« Je pense que je n’étais plus en capacité d’être efficace, il faut des conditions pour l’être et l’une de ces conditions est un engagement total auprès du candidat », a-t-il déclaré au Point pour expliquer son départ.

Convocation judiciaire
Mercredi, François Fillon a annoncé que ses avocats avaient été informés d’une convocation judiciaire le 15 mars pour une mise en examen (inculpation) relative à l’affaire des soupçons d’emplois fictifs qui visent sa femme et deux de ses enfants. Il a à cette occasion réitéré son intention d’aller « jusqu’au bout », et ce malgré son engagement à renoncer à sa candidature en cas de mise en examen, qu’il avait exprimé fin janvier sur le plateau du journal télévisé de TF1.

Campagne inaudible
Inaudible en raison de ses ennuis judiciaires, acculé à limiter ses déplacements à cause des manifestations et violences qui y éclatent et en chute libre dans les sondages, M. Fillon a déjà été lâché par trente-deux élus LR, dont l’influent Bruno Le Maire, après sa dernière palinodie, selon un décompte du journal Libération.

Plusieurs sources internes font également état de profonds désaccords au sein du parti après l’annonce par M. Fillon de la tenue d’une manifestation « populaire » dimanche à Paris visant à soutenir sa candidature.

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Le grand oral de François Fillon pas très convaincant, estime la presse

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Le grand oral lundi de François Fillon, pour s’expliquer sur l’affaire des emplois présumés fictifs de sa femme, n’a pas totalement convaincu mais lui permet de reprendre en main ses troupes et de relancer sa campagne, estiment mardi les éditorialistes.

« Le plaidoyer n’apporte pas de fait nouveau. Le message principal délivré est ailleurs. Il s’adresse à son propre camp: vous pouvez faire ce que vous voulez, je reste », résume Laurent Joffrin, dans Libération.

Cette conférence de presse à son QG de campagne, à Paris, a été « l’occasion de faire un acte d’autorité et de contrition et un appel au pragmatisme politique », note Dedonat Vidal Revel, du Parisien avant d’ajouter : « a-t-il convaincu?? L’histoire le dira ». C’est certes un « Mea culpa, mais en demi-teinte », juge Xavier Brouet, du Républicain Lorrain. « Un mea culpa a minima », relève Hervé Favre, dans la Voix du Nord. « L’ancien Premier ministre n’a pas raté son rendez-vous. Mais on ne peut pas considérer non plus qu’il l’a parfaitement réussi », pense Olivier Pirot, de La Nouvelle République du Centre-Ouest. « Faute avouée est à moitié pardonnée, la ficelle paraît un peu grosse pour obtenir un retour en grâce », prévient Jean-Michel Servant, du Midi Libre. « Il est venu. Mais il est loin d’avoir vaincu », estime Yves Harté, dans Sud-Ouest. Pour Alexis Brézet, du Figaro, François Fillon « a fait la démonstration de sa détermination intacte ». Et « désormais, la droite qui se demandait si elle avait encore un chef a sa réponse », assure-t-il.

‘A l’offensive’ 
Et sur ce thème, les éditorialistes se rejoignent pour souligner que François Fillon « est passé à l’offensive » et « a repris en main ses propres troupes ». Cela signifie pour eux « la relance de la campagne » du candidat de la droite à l’élection présidentielle. « L’heure de la riposte a sonné » s’exclame dans l’Alsace, Laurent Bodin pour qui M. Fillon : « a rappelé à l’ordre ses troupes tentées par un plan B. » Une « manœuvre audacieuse », reconnaît Hervé Favre (La Voix du Nord). « Un coup d’éclat », renchérit Didier Rose (Dernières Nouvelles d’Alsace). « Cette contre-attaque est l’arme ultime pour reprendre les commandes », explique Hervé Chabaud, de l’Union/L’Ardennais. Il peut désormais « repartir en campagne sur le terrain », affirme Bernard Stéphan, dans la Montagne. « A entendre François Fillon c’est incontestablement une nouvelle campagne électorale qui a commencé ce lundi », relève Nicolas Beytout, pour L’Opinion. « François Fillon a tiré l’échelle à tous ceux qui rêvaient de grimper aux barreaux pour l’en faire dégringoler », ironise Jean-Louis Hervois, de la Charente Libre. « Un message fort » qui lui permet maintenant de commencer une « nouvelle campagne », écrit pour sa part, Daniel Muraz, du Courrier Picard. Une « décision de rester candidat » qui est « un coup de poker », estime cependant Michel Urvoy, dans Ouest-France. Avant d’expliquer en guise de conclusion que: « c’est seulement dans les jours à venir que l’on verra s’il est parvenu à maîtriser l’incendie. »

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Les six affaires qui plombent François Fillon

Depuis le début de l’affaire dévoilée par « Le Canard enchaîné », les révélations se succèdent sur François Fillon, sa femme, ses enfants et ses proches. Franceinfo revient en détail sur chaque affaire.

François Fillon, le 28 janvier 2017, dans les locaux de son QG de campagne, à Paris. 

Comme le disait Jacques Chirac, « les emmerdes, ça vole toujours en escadrille ». La formule de l’ancien président ne s’est jamais aussi bien vérifiée qu’avec François Fillon. Depuis les premières révélations du Canard enchaîné le 25 janvier, le candidat de droite à la présidentielle se retrouve englué dans des affaires qui semblent se multiplier au fil des jours. Franceinfo revient sur les six boulets qui plombent sa campagne.

1 L’embauche de son épouse comme assistante parlementaire

Ce qu’on lui reproche. François Fillon et sa femme Penelope sont dans la tourmente. Le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire pour détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits sur les activités d’attachée parlementaire de Penelope Fillon. Une procédure lancée après les révélations du Canard enchaîné.

A en croire l’hebdomadaire, Penelope Fillon a perçu un total de 831 440 euros brut en tant qu’assistante parlementaire. Au service de son mari, sur plusieurs périodes – de 1988 à 1990, puis de 1998 à 2000, ainsi qu’après le départ de François Fillon de Matignon en 2012 jusqu’en novembre 2013. Mais aussi pour le suppléant de son époux, Marc Joulaud, entre 2002 et 2007. L’objectif des enquêteurs est de déterminer si Penelope Fillon a bien exercé la fonction pour laquelle elle était grassement payée.

Comment il se défend. Lors de son intervention sur TF1, le 26 janvier, le candidat à la présidentielle explique que sa femme travaille pour lui « depuis toujours, depuis 1981, [sa] première élection ». « Elle l’a fait bénévolement pendant des années », précise-t-il. Mais, en 1997, après le départ d’un de ses collaborateurs, il « l’[a] remplacé par Penelope », qui est restée à ce poste jusqu’en 2013. Des dates qui ne correspondent pas aux nouvelles révélations du Canard enchaîné.

Penelope et François Fillon, le 19 mai 2007 lors d\'un vin d\'honneur à Sablé-sur-Sarthe (Sarthe).
Penelope et François Fillon, le 19 mai 2007 lors d’un vin d’honneur à Sablé-sur-Sarthe (Sarthe). (WITT/SIPA)

2 L’embauche de sa femme par la « Revue des deux mondes »

Ce qu’on lui reproche. Deux textes de 2 500 et 1 000 signes chacun (retrouvés par Marianne), ainsi que des conseils stratégiques, le tout pour 100 000 euros brut. Voilà qui a de quoi surprendre. C’est ce qu’a versé la Revue des deux mondes, l’une des plus vieilles revues littéraires françaises, à Penelope Fillon entre mai 2012 et décembre 2013, selon Le Canard enchaîné. « A aucun moment (…) je n’ai eu la moindre trace de ce qui pourrait ressembler à un travail de conseiller littéraire », assure dans Le Monde Michel Crépu, directeur de la Revue des deux mondes lorsque Penelope Fillon y était officiellement salariée. Là aussi, les enquêteurs s’interrogent sur la réalité de son travail.

Comment il se défend. François Fillon n’a pas évoqué spécifiquement ce dossier. De son côté, Marc Ladreit de Lacharrière, le propriétaire de la Revue des deux mondes, nie avoir embauché la femme de son ami dans le seul but de tromper son « ennui », comme le prétend Michel Crépu. « C’est une femme intelligente, elle a lu beaucoup de livres – dont deux résumés seulement ont été publiés », se défend le richissime homme d’affaires. Au-delà de son rôle présumé de conseillère littéraire, Penelope Fillon aurait aussi participé à une « réflexion stratégique informelle », qui n’a donné lieu à aucune réunion et dont Michel Crépu aurait été écarté. Une hypothèse que l’ex-directeur de la revue juge « totalement extravagante ».

3 L’embauche d’une de ses collaboratrices par la « Revue des deux mondes »

Ce qu’on lui reproche. Marc Ladreit de Lacharrière n’a pas embauché que Penelope Fillon à la Revue des deux mondes, révèle Mediapart, mardi 31 janvier. A partir de mars 2015, il a également salarié Alexia Demirdjian, une responsable de la campagne numérique de François Fillon, au sein de la Fondation Culture et Diversité, une branche de son groupe Fimalac. Problème : « Cette employée n’a pas laissé de trace publique de son passage dans cette structure » pendant un peu plus d’un an, tandis que son implication dans l’équipe de François Fillon « est, elle, manifeste », assure Mediapart.

Comment il se défend. « Cet article témoigne d’une forme d’acharnement dont fait l’objet l’équipe de François Fillon », répond Patrick Stefanini, le directeur de campagne du candidat, lors d’un point presse, mardi 31 janvier. Selon lui, Alexia Demirdjian a réellement travaillé, à la fois pour la fondation de l’homme d’affaires et Force républicaine, l’association qui porte l’action politique de François Fillon. « Alexia a été recrutée par Force républicaine dans un premier temps sur la base d’un contrat à mi-temps. Le deuxième mi-temps était celui qu’elle effectuait dans la fondation de Marc Ladreit de Lacharrière, explique-t-il. Les choses sont extrêmement claires. Elle a notamment préparé le dixième anniversaire de la fondation et travaillé sur une plateforme concernant l’égalité des chances. »

La jeune femme se défend elle aussi : « Je suis profondément choquée et blessée que mon nom et mon honneur soient traînés dans la presse et soient salis, réagit-elle au micro de BFMTV, mardi. Personne ne peut nier que tous les jours où je devais être là, j’étais là. (…) Ça fait dix ans que je travaille, dix ans que mon parcours est transparent. »

Marc Ladreit de Lacharriere et Francois Fillon sur le perron de Matignon, le 17 septembre 2010. 
Marc Ladreit de Lacharriere et Francois Fillon sur le perron de Matignon, le 17 septembre 2010.  (WITT/SIPA)

4 L’embauche de ses enfants

Ce qu’on lui reproche. C’est en voulant répondre aux accusations sur l’emploi présumé fictif de sa femme que François Fillon se prend les pieds dans le tapis. Pour donner des gages de sa transparence, il révèle, jeudi 26 janvier sur TF1, avoir rémunéré ses deux premiers enfants lors de son mandat de sénateur, entre septembre 2005 et juin 2007. « Il m’est arrivé de rémunérer, pour des missions précises, deux de mes enfants qui étaient avocats, en raison de leurs compétences », assure-t-il. Or Marie et Charles Fillon ne sont devenus avocats qu’après la nomination de leur père à Matignon, respectivement en novembre 2007 et juin 2011, selon l’annuaire du barreau de Paris, ville où ils exercent.

Selon Le Canard enchaîné du 1er février, ils ont perçu 84 000 euros brut, pas pour des « missions précises », mais pour « un emploi à plein temps d’attaché parlementaire ». Le tout pour des activités « évanescentes », affirme l’hebdomadaire satirique.

Comment il se défend. Interrogé par l’Agence France Presse, l’entourage du candidat explique qu’il a commis « une imprécision de langage » sur TF1 et qu’il voulait dire que ses enfants « sont avocats » à l’heure actuelle et non qu’ils l’étaient à l’époque. Son équipe n’a pas encore réagi aux précisions du Canard enchaîné.

5 Ses mystérieuses activités de consultant

Ce qu’on lui reproche. Selon Le Monde, François Fillon aurait touché de sa société 2F Conseil un total de 757 526 euros entre juin 2012 et décembre 2015, en salaires et en bénéfices. A ce jour, aucune procédure judiciaire n’est engagée sur cette activité, mais qui a-t-il bien pu conseiller ? D’après le quotidien et Mediapart, le candidat a notamment pour client le groupe Ricol Lasteyrie, qui conseille de nombreuses sociétés du CAC 40 et des multinationales. Il y touche une rémunération annuelle comprise entre « 40 000 et 60 000 euros », selon son dirigeant, René Ricol, et aide « à réfléchir aux défis de la globalisation ».

Pour les autres, l’opacité domine. « Ce qui circule, c’est qu’il aurait travaillé pour des sociétés russes (…). On comprendrait alors la complaisance vis-à-vis de Vladimir Poutine », a expliqué le candidat écologiste Yannick Jadot, lundi 30 janvier sur BFMTV. Plusieurs de ses voyages à l’étranger soulèvent des informations, explique Le Monde. En octobre 2013, François Fillon s’est ainsi rendu au Kazakhstan, en plein dans l’affaire dite du « Kazakhgate ». En décembre 2014, c’est au Liban qu’il a déjeuné et dîné en compagnie de responsables politiques et religieux, mais aucune précision n’a été donnée sur les conditions de ce voyage. Seule information, 2F Conseil a encaissé, entre 2012 et 2013, 97 000 euros pour des prestations effectuées à l’étranger, selon les comptes de la société consultés par Le Monde.

Comment il se défend. François Fillon refuse jusqu’à présent de s’exprimer sur ce sujet. Dans ce dossier, il a respecté les règles : créer une société lorsque l’on est député est interdit par la loi, mais il l’a fait en dehors de tout mandat à l’Assemblée.

Concernant ses clients, son coordinateur de campagne est monté au créneau, mardi 31 janvier. « Il m’a dit : ‘écoute, il n’y a pas une société russe, il n’y a pas un groupe russe, il n’y a pas l’Etat russe’, les choses sont claires, tente de clarifier Bruno Retailleau sur BFMTV.  Même démenti du côté de sa conseillère en communication, Anne Méaux : « François Fillon ne travaille pour aucun Etat ni aucune société étrangère (…) S’il intervient dans de grandes conférences internationales, c’est au titre d’expert, comme le sont d’autres grands noms tels Védrine, Attali, Kissinger… » reprend Le Monde.

François Fillon lors de son meeting de Villepinte (Seine-Saint-Denis), le 29 janvier 2017.
François Fillon lors de son meeting de Villepinte (Seine-Saint-Denis), le 29 janvier 2017. (CHRISTOPHE ENA/AP/SIPA / AP)

6 Des chèques touchés au Sénat

Ce qu’on lui reproche. Selon Mediapart, le candidat à la présidentielle s’est « mis dans la poche une partie des crédits théoriquement réservés à la rémunération d’assistants, grâce à un système de commissions occultes ». Ce qui est reproché à François Fillon, mais aussi à plusieurs élus ou anciens élus UMP comme Henri de Raincourt ou René Garrec, c’est d’avoir usé d’un système baptisé la « ristourne ». Concrètement, ce qui reste de l’enveloppe pour salarier des assistants personnels n’est pas systématiquement reversé au Sénat mais transféré au groupe politique chargé d’organiser le travail collectif entre élus d’un même bord. Mais, entre 2003 et 2014, des sénateurs UMP ont récupéré un tiers de ce crédit, affirme Mediapart.

Une enquête est en cours, mais François Fillon, lui, n’est pas visé car il était sénateur de 2005 à 2007, et les faits étudiés par les enquêteurs sont postérieurs à 2009. « Mais d’après des témoignages et documents comptables de l’époque, le sénateur Fillon a bien bénéficié de ce mécanisme clandestin de captation de fonds publics au cours de son mandat », écrit le site d’investigation. Le Journal du dimanche affirme qu’entre 2005 et 2007, lorsqu’il était sénateur UMP de la Sarthe, « François Fillon a perçu sept chèques à son nom », un par trimestre, pour « un montant total de l’ordre de 21 000 euros ».

Comment il se défend. L’entourage de François Fillon a dit ne faire « aucun commentaire sur une affaire judiciaire en cours ». De son côté, le député Les Républicains Eric Ciotti a déclaré sur franceinfo que cette affaire des caisses occultes « ne concerne ni directement ni personnellement François Fillon » : cela concerne « tous les sénateurs qui étaient en fonction à l’époque, et cette affaire remonte à une douzaine d’années ».

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Pénélope Fillon : tous les schèmes ont les forces et les faiblesses de leur motif

Cette histoire pose la question du travail. Que nous supprime le travail ? Que nous donne-t-il ? Comment est-il réparti ? Que se passe-t-il dans une société qui n’offre de l’emploi qu’à 30% des individus?. Ce n’est peut-être pas un hasard si cette affaire tombe sur François Fillon. Peut-on être Thatchérien aujourd’hui sans réfléchir plus profondément à la question du travail.
D'après "les feuilles de paie" de Penelope Fillon, celle-ci a été rémunérée de 1998 à 2002 par son mari, député de la Sarthe.

L’histoire de Pénélope Fillon pose deux questions essentielles :

-Pour comprendre la population et mieux la gouverner, les hommes politiques devraient vivre avec l’équivalent du salaire moyen en France, 1700 euros. Les salaires de Pénélope Fillon sont révélateurs du fonctionnement politique. Ses emplois successifs font apparaître une augmentation rapide de 3500 € mensuels à 8000 €, fort inusuelle pour les salariés français.

-Pourquoi les femmes ont-été incapables de créer une économie et un type de société plus féminin ? Le travail des femmes n’a fait que rendre la société plus martiale, plus intolérante, plus dépressive et moins solidaire.

Depuis 200 ans, notre pays s’est plu à supprimer toute valeur à la dimension contemplative. Or tous les schèmes ont les forces et les faiblesses de leur motif. Aucun n’est parfait ou plus désirable mais l’exclusion d’un schème en particulier  créé des zones d’ombre et des excès. La suppression de la dimension contemplative a créé une fétichisation de la vie politique et du schème martial.

Le christianisme a identifié de longue date, la nécessaire complémentarité des motifs psychiques fondateurs parmi lesquels le psychisme contemplatif de Marie et celui agissant et opérant de Marthe. Marie prie, Marthe agit. Dans Gouverner c’est servir, l’historien Jacques Dalarun expose l’usage qu’en a fait Robert Abrissel fondateur de l’abbaye de Fontevraud: « Laissons Marie soupirer vers les cieux ; Marthe, toute indigne qu’elle soit, saura administrer le temporel […] une vierge élevée au cloître n’entendrait rien à la gestion des biens de l’abbaye » (J.Dalarun, Gouverner c’est servir : 155).

La gouvernance des abbayes doit être confiée à des femmes qui incarnent le schème agissant de Marthe : des converses avec une connaissance du monde et un goût pour l’action. Marie, est trop loin du monde et n’a pas les qualités requises pour gouverner: « Car comment pourra-t-elle rationnellement traiter les affaires terrestres, celle qui a toujours eu l’habitude des œuvres spirituelles ? » (J.Dalarun, Gouverner c’est servir : 149)

Les motifs psychiques sont fondamentalement égalitaires. Ils interagissent et s’imbriquent entre eux tels les acteurs d’une œuvre où chacun a une fonction et un talent que n’a pas l’autre.

C’est ce que notre société ne sait pas faire. Alors que le travail salarié n’a jamais été aussi précaire et menacé, les hommes politiques continuent à ne pas prendre en compte cette disparition. La dimension contemplative avec ses monastères et ses mystiques concevait une forme alternative au schéma martial. Notre société a non seulement exclu la possibilité d’une fonction contemplative heureuse et productive mais elle a égaleement exclu toutes les autres formes alternatives.  Le revenu universel est une forme contemplative comparable à celle des monastères. Bien posé, l’expérimentation de ce revenu créerait un modèle alternatif au modèle libéral. La multiplicité des schèmes assure une diversité de modèles. A force de ne plus explorer les capacités de Marie (la dimension contemplative), nous ne savons plus corriger les excès de Marthe.

Pénélope Fillon illustre cette tension entre la femme qui travaille autrement mais à qui l’on exige de ‘travailler’ avec une forme contractuelle contemporaine, extrêmement normée et le style de vie de la classe politique pour qui obtenir un salaire de 5000 à 8000 euros ne pose aucun problème. 

Cette histoire n’est pas un problème d’emplois fictifs. Combien de personnes parmi celles qui s’en prennent aujourd’hui à Pénélope Fillon n’auraient pas accepté un emploi fictif ?

Cette histoire  pose la question du travail. Quel sens à le travail pour une femme ?  Que nous supprime le travail ? Que nous donne-t-il ? Comment est-il réparti ? Que se passe-t-il dans une société qui n’offre de l’emploi qu’à 30% des individus (prévisions actuelles). Ce n’est peut-être pas un hasard si cette affaire tombe sur François Fillon. Peut-on être Thatchérien aujourd’hui sans réfléchir plus profondément à la question du travail ?

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