Publié dans Société, Terrorisme

Ce qui se joue vraiment derrière l’attentat monstre de Kaboul

Ce qui se joue vraiment derrière l'attentat monstre de Kaboul

Une nouvelle fois, un attentat vient de frapper Kaboul, faisant 80 morts et 320 blessés. Alors que les talibans nient leur implication, le regard se détourne vers l’Etat Islamique. Quel point peut-on faire sur la situation actuelle du pays ?

Emmanuel Dupuy : On a eu très tôt un déni de la part des Talibans. Le porte-parole de l’organisation a indiqué que la zone qui a été visé, c’est-à-dire l’entrée de la zone verte, (la plus sécurisée de la ville où se situent les ambassades canadiennes britanniques allemandes et françaises) ne faisait pas partie des objectifs militaires des Talibans.

En revanche, ils ont revendiqué le dernier attentat de Kaboul du 3 mai dernier.

De plus le mode opératoire, à savoir un camion remplis d’explosifs (on parle de 1500 kilos d’explosifs) n’est pas le leur. Cela s’approche plus des techniques que l’on peut retrouver en Irak dans les attentats suicides à partir des années 2005 2006 à Bagdad. Ca s’apparente à des techniques qu’a pu utiliser Daesh. On pense par exemple aux attentats qui ont visé la capitale afghane. Notamment celle de mars dernier qui avait visé un hôpital militaire qui avait fait plus de cinquante morts.

Donc il est un peu tôt pour affirmer que Daesh est derrière cet attentat mais on a de plus en plus l’impression qu’il y a plusieurs fronts qui s’ouvrent. Kaboul est traditionnellement le lieu où les différents groupes veulent faire le plus de buzz médiatique. On voit bien qu’il y a une sorte de répartition géographique. Daesh est en train d’essayer de sortir de l’Afghanistan en voulant élargir sa base opérationnelle ciblant les pays voisins de l’Asie central. Alors que les Talibans eux continuent d’être actifs. Ils ont annoncé vouloir maintenir leur volonté de s’en prendre aux forces de sécurités afghanes ainsi qu’aux forces de la coalition qui demeurent sur le territoire. Donc 8500 américains et 5000 soldats de l’OTAN dont beaucoup d’allemands.

L’administration Trump envisageait d’envoyer de 3000 à 5000 soldats sur place en avril dernier. Comment anticiper l’action américaine à venir concernant l’Afghanistan ?

Le récent voyage du conseiller national de la sécurité américaine n’a pas levé toutes les ambiguïtés par rapport au plan américain. Il peut être de différente nature. Une augmentation de quelques milliers d’hommes qui viendraient rejoindre les 8500 soldats américains qui reste (alors même que le gros du continent américains était monté jusqu’à 80 000 hommes dans les années 2010 et 2012) ne changera rien. Ce n’est pas quelques milliers d’hommes supplémentaires qui vont changer quoi que ce soit dans le rapport de force actuel. Si l’on prend en compte Al-Qaïda, les talibans, les différents groupes islamiques l’Ouzbékistan et les nouveaux venus  que sont Daesh, on estime que 40% du territoire afghan n’est plus sous contrôle du gouvernement central.

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