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MINDHUNTER

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Comment anticiper la folie quand on ignore comment fonctionnent les fous ? Deux agents du FBI imaginent une enquête aux méthodes révolutionnaires et se lancent dans une véritable odyssée pour obtenir des réponses.

On a vu se développer dans le monde de la série assez récemment une certaine mode du genre policier tendant à utiliser comme personnage principal un détective dont la première qualité serait ses troubles sociaux.

Troubles lui permettant de résoudre toutes sortes de meurtres plus horrifiants les uns que les autres. Une façon pour les scénaristes de mettre le spectateur dans la tête du sociopathe meurtier, sans tomber dans le malsain. Mais Mindhunter ne prend pas cette direction, et vu la qualité d’écriture en général des séries la prenant, grand bien lui en a pris.

Ici, l’agent du FBI Holden Ford parait tout ce qu’il y a de plus normal. Brillant, charmeur, il est même doué d’une empathie au-dessus de la moyenne. C’est d’ailleurs bien cette dernière qualité qui le pousse, d’abord à effectuer son travail de négociateur avec succès, mais également à lancer une étude sur les sociopathes les plus extrêmes, afin de comprendre leur mode de pensée. Pas de troubles sociaux chez cet agent pour retrouver un tueur, donc, puisque dans Mindhunter, les tueurs ne sont pas des esprits absolument incompréhensibles sur lesquels projeter toutes nos pulsions malsaines, mais bien des personnes dont les motivations doivent encore être perçues à jour.

Toute la série s’efforcera donc de mettre sur un pied d’égalité tueurs sociopathes et Mr. Tout-le-monde, ou dans ce cas précis Agent Tout-le-monde. Le générique est d’ailleurs révélateur, puisqu’il met en parallèle le magnétophone utilisé pour l’enregistrement des interviews des prisonniers avec un cadavre, mettant en avant l’idée que le flash pulsionnel de la mort peut intervenir durant ces procédures méticuleuses et froides, et finalement à n’importe quel moment, à n’importe qui. Le nom de la série donne également un indice, l’Agent Ford n’hésitant pas à qualifier ces tueurs de « chasseurs », qualificatif qui lui sera donné par la série même.

Cette comparaison, si elle témoigne avant tout d’une humanité perdue chez les meurtriers, devrait également pouvoir nous dire quelque chose sur Ford, et donc sur nous même. Ford suit finalement les motivations de ceux qu’il étudie : il s’agit d’assouvir une soif de contrôle provoquée par l’aliénation d’un groupe, aliénation dûe aux règles qui dirigent ce groupe et à notre impossibilité d’y répondre. Cet assouvissement ne pourra s’accomplir qu’en brisant ces règles qui nous ostracisent.

Briser ces règles appelle évidemment à des conséquences, et pour y échapper, les deux sortes de chasseur semblent ne pas évoluer au même niveau. Ed Kemper, le spécialiste, manipule les sentiments et l’image qu’il renvoie. Holden Ford utilise sans détour la domination. Car malgré son envie répétée de vouloir comprendre l’esprit sociopathe, il semble oublier que les tueurs possédaient, à l’origine, un esprit semblable au sien. Une envie de comprendre, sans le courage de s’identifier. C’est cette impossibilité pour lui de réaliser ce fait, ce point commun entre lui et ses sujets, qui le rendra dominateur envers ses semblables. S’il ne peut reconnaître sa propre part de sociopathie chez lui, commune à tout être, il lui manquera la perspective nécessaire pour accepter un point de vue différent du sien. Il ne reconnaîtra donc jamais ses torts, ce qui l’amène vers un désir de domination.

Cette impossibilité de s’identifier (plusieurs représentants de la loi apparaissent purement dégoûtés et horrifiés par les actes) malgré l’envie de comprendre (que ce soit Ford, ou Tench même si lui comprend cette impossibilité et l’accepte) est au coeur des enjeux émotionnels de la série. Le spectateur y est d’ailleurs plongé, puisque la fascination qu’exercent ces personnes à l’esprit a priori insondable justifie la création de ce genre de série (et la carrière de Fincher) même si la série se plait à nous rappeler régulièrement le caractère inhumain de la série de crimes. Une catharsis pour nous donner l’envie de comprendre, et un réalisme pour nous rappeler à l’horreur.

Finalement, la série ne met pas le spectateur dans la tête du sociopathe comme il est coutume dans ce genre d’oeuvre, mais révèle le sociopathe dans la tête du spectateur. Un retournement de valeurs qui fait toute la saveur de la série, et toute son originalité.

Lire la critique complète ici…

 

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Publié dans Série TV, Société

Thriller, humour et fantastique : « Dead Landes », la série qui transcende les genres

« Dead Landes »… mais aussi « Dead Floor ». Un univers (barré), deux histoires (singulières), à découvrir dès le 28 novembre sur le web et le 3 décembre sur France 4.

Dead Landes
Dead Landes © Shine France Films -France Télévision

Au beau milieu des séries qui nous occupent en ce moment, de _Black Mirror à The Crown , Les Grands et Jour polaire, Dead Landes_ devrait se faire une jolie place de série potache sur les écrans télé et web.

Dead Landes est une série de genre, mêlant science-fiction, humour, « found footage » (lire plus bas), détournement des codes de la télé et des réseaux sociaux. Elle est signée François Uzan, et François Descraques. Autant dire à un geek que Levisiteur du futur revient parmi nous. En fait c’est Descraques, son créateur, qui est de retour. Ses fans l’attendaient depuis un an, à force d’annonces et d’avant-premières.

Rappel pré-historique pour les non-geeks

François Descraques est un jeune homme qui voulait absolument faire des films.

Et c’est sur le web qu’il a commencé à faire ses premières armes et à fédérer un public. Sa réussite la plus connue date de 2009 et s’appelle LeVisiteur du futur. Il a rassemblé avec cette série (et d’autres réalisations) un petit monde de fans autour du site French Nerd.

Il était logique que France 4, la chaîne publique qui s’intéresse aux jeunes, dans leur langage, essaie de travailler avec lui.

« A l’origine c’était le projet de François Uzan, explique François Descraques. « Et à partir du moment où France Télévisions me l’a proposé, nous avons tout revu. Je suis en train de faire un manga, j’ai écrit un roman, dans les deux cas autour de Visiteur du futur. Que je fasse une série télé ou du web, pour moi la question des supports ne se pose pas finalement, ce qui m’intéresse, c’est de raconter des histoires. »

La question des supports s’est quand même un peu posée, puisque Dead Landes existe aussi sur le web, mais différemment, avec un autre scénario, et s’appelle Dead Floor.

Deux médias, deux ambiances

Dans Dead Landes pour la télé,des touristes sur le point de quitter leur camp de vacances reçoivent une équipe de télévision pour un reportage. Au moment de partir, un cataclysme d’origine inconnue s’abat sur eux.

Dans Dead Floor, sur le web, des jeunes sont en train de s’amuser dans une discothèque près du camping au moment où le cataclysme a lieu. Les issues de la boîte sont obstruées et ils ne peuvent plus sortir.

« Nous espérons que les utilisateurs de la série web auront envie de savoir ce qui se passe dans le camping, et regarderont la série télé. Et réciproquement » explique François Descraques, pour qui il n’était pas question de faire pour le web un erstaz ou un simple bonus.

La production, Shine France Films, espère que les internautes comme les téléspectateurs s’attacheront assez aux personnages pour peut-être tourner une saison 2.

Un cumul de genres

Dans Dead Landes, un grand nombre de genres se côtoient. Tour d’horizon (non exhaustif).

Humour : La production n’a pas embauché Thomas VDB ni Baptiste Lecapelain pour faire pleurer. Mais ce ne sont pas eux qui font les vannes. Cette mission est dévolue aux deux « François » qui ont inventé ce voyage en absurdie, ces enchaînements de tensions et de légèreté. Thomas VDB incarne Michel, le patron du camping L’Escapade, un monsieur droit dans ses tongs, certain de maîtriser son monde.

Autodérision :Dead Floor donne lieu à ce genre de scène : un gamin se filme sur Facebook et finit son message par « N’oubliez pas de liker », alors qu’il est en train de demander de l’aide. La série détourne complètement les notions de « réseaux », et de communication.

Thriller : des flics, une enquête, un sauvetage, un suspens.

Fantastique : être assailli par une brume mystérieuse, objet fumant non identifié, et « qui pique un peu quand même » ouvre des portes sur des phénomènes surnaturels non ?

Remake de potache : Comme chez Michel Gondry, on croirait voir des scènes de films déjà vues suédées.

Found Footage : littéralement « bout de film authentique », ce genre cinématographique a donné des productions comme C’est arrivé près de chez vous (1992) ou Chroniques des morts-vivants de George Romero en 2006. Mais comme le titre l’indique et sans dévoiler les surprises qu’elle réserve, Dead Landes les escapés , qui se déroule dans les Landes près de Mimizan, penche un peu aussi du côté de Groland et de Lost les disparus, au moins dans le background de ses auteurs.

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Publié dans Non classé, Série TV

“Treme” : série libre et profonde

Le destin d’une ville touchée par Katrina à travers ses plus beaux éclopés : “Treme” s’impose définitivement comme une série profonde.

Peu à peu, le deuil de la sublime The Wire est accompli. Peu à peu, Treme impose son existence propre et sa beauté. David Simon, créateur essentiel de la dernière décennie, a réussi à passer à autre chose, un pari insensé que d’autres auraient raté en essayant de reproduire une formule. Du côté des spectateurs, il aura fallu quelques années pour accepter vraiment la transition vers un autre univers. Mais c’est désormais chose faite. Il était temps. La chaîne HBO a décidé de mettre un terme à Treme dès l’automne prochain, à l’issue d’une quatrième saison réduite à cinq épisodes. Cinq épisodes qui compteront forcément parmi les moments forts de l’année. Et une raison supplémentaire pour s’immerger le plus vite possible dans la série la plus libre et la plus profonde produite aujourd’hui.

Tout commence et tout finira à La Nouvelle-Orléans, ville martyre (la fiction met en avant les conséquences de l’ouragan Katrina, passé en 2005) mais aussi ville délurée, décisive dans la culture américaine. La tension entre le spleen des enterrements et destructions et la joie des fanfares ou des groupes de bar donne le ton indécis d’un récit qui diffuse par vagues discrètes sa toile toujours plus ample.

Les personnages s’ébrouent lentement. D’un vieux chef “indien” à son fils jazzman, d’une avocate des causes perdues à un DJ au chômage, d’un musicien queutard devenu prof dans un lycée jusqu’à quelques égarés de la crise, Treme invite au premier plan des figures inconnues, des intouchables, des vrais, qu’elle regarde vagabonder, aimer, progresser ou repartir de zéro. Ce qui dure un épisode un peu partout ailleurs s’étend sur cinq heures ici, parfois plus, parfois sur des années. Rarement une série aura à ce point incarné dans sa chair la capacité profonde du genre à suivre le rythme de la vie. Il y a quelque chose de très simplement organique dans Treme, une manière non événementielle de susciter l’intérêt qui n’a aucun équivalent à la télévision et ailleurs.

Comment dire qu’aucune recette connue ne vient nous amadouer ? The Wire, même géniale, même révolutionnaire, reposait tout de même sur le socle séduisant des fictions de gangster – dans ses trois premières saisons notamment. Ici, le crime est une odeur que l’on sent mais qui arrive de manière éparse, et toujours du point de vue sec des victimes. Les cliffhangers n’existent pas, ou si peu. Le récit se permet des ellipses, des trous dans la logique du monde. La musique structure les épisodes mais elle ne les domine pas. Le portrait d’une Amérique en quête d’elle-même se dessine, un portrait devenu de plus en plus subtil au fil des ans.

Au début de la série, la volonté de critique politique radicale de David Simon passait plus que d’habitude par le discours. La rage des opprimés semblait par moments didactique, voire artificiellement déclamée. Mais après trois saisons, cette tentation a totalement disparu. Le monde de Treme est devenu le nôtre. Ses enjeux, que ce soit la reconstruction d’une communauté, la lutte contre la corruption ou la survie d’un héritage culturel, existent par eux-mêmes, dans la plénitude de la fiction.

Pour atteindre cette beauté simple, l’auteur a su s’entourer. La série a été créée par Simon avec Eric Overmyer, un ami des années Homicide, bon connaisseur de La Nouvelle-Orléans. L’écrivain George Pelecanos est resté fidèle depuis The Wire, dont il était un contributeur décisif. Ensemble, ils ont construit un petit collectif à l’écart d’Hollywood dont il faudra un jour écrire l’histoire. Mais pas encore. Pour l’instant, il est toujours temps de profiter de leur travail en direct. Une chance à ne pas laisser passer.

et le tout en 4 saisons…

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“X-Files”, Mulder et Scully sont de retour…

X-FILES REVIVAL saison 1 épisode 1 "My Struggle" avec Gillian Anderson et David Duchovny.
X-FILES REVIVAL saison 1 épisode 1 « My Struggle » avec Gillian Anderson et David Duchovny

Mulder et Scully reprennent du service dans une courte nouvelle saison des “X-Files”, cette série aussi culte qu’emblématique des années 90.

Un sifflotement familier, entêtant, résonne dans le grand auditorium du Palais de Festival de Cannes. Quelques notes de synthétiseur signées Mark Snow, mélodie emblématique de la télévision américaine des années 1990, qui retentissent après treize ans de silence. Les X-Files sont de retour. Fin janvier, Fox diffusera outre-Atlantique six nouveaux épisodes de la série culte de Chris Carter (proposés dans la foulée par M6, à une date qui reste à préciser). Fox Mulder (David Duchovny) et Dana Scully (Gillian Anderson), mais aussi Walter Skinner (Mitch Pileggi) et quelques autres (qu’il est bon de garder secrets) sont de l’aventure. Le premier épisode a été montré, en avant-première mondiale, lors du Mipcom, à Cannes, en présence de Chris Carter.

Toutes les infos sont par là…