Publié dans Série TV

MINDHUNTER

https://media.senscritique.com/media/000017322715/240/Mindhunter.jpg

Comment anticiper la folie quand on ignore comment fonctionnent les fous ? Deux agents du FBI imaginent une enquête aux méthodes révolutionnaires et se lancent dans une véritable odyssée pour obtenir des réponses.

On a vu se développer dans le monde de la série assez récemment une certaine mode du genre policier tendant à utiliser comme personnage principal un détective dont la première qualité serait ses troubles sociaux.

Troubles lui permettant de résoudre toutes sortes de meurtres plus horrifiants les uns que les autres. Une façon pour les scénaristes de mettre le spectateur dans la tête du sociopathe meurtier, sans tomber dans le malsain. Mais Mindhunter ne prend pas cette direction, et vu la qualité d’écriture en général des séries la prenant, grand bien lui en a pris.

Ici, l’agent du FBI Holden Ford parait tout ce qu’il y a de plus normal. Brillant, charmeur, il est même doué d’une empathie au-dessus de la moyenne. C’est d’ailleurs bien cette dernière qualité qui le pousse, d’abord à effectuer son travail de négociateur avec succès, mais également à lancer une étude sur les sociopathes les plus extrêmes, afin de comprendre leur mode de pensée. Pas de troubles sociaux chez cet agent pour retrouver un tueur, donc, puisque dans Mindhunter, les tueurs ne sont pas des esprits absolument incompréhensibles sur lesquels projeter toutes nos pulsions malsaines, mais bien des personnes dont les motivations doivent encore être perçues à jour.

Toute la série s’efforcera donc de mettre sur un pied d’égalité tueurs sociopathes et Mr. Tout-le-monde, ou dans ce cas précis Agent Tout-le-monde. Le générique est d’ailleurs révélateur, puisqu’il met en parallèle le magnétophone utilisé pour l’enregistrement des interviews des prisonniers avec un cadavre, mettant en avant l’idée que le flash pulsionnel de la mort peut intervenir durant ces procédures méticuleuses et froides, et finalement à n’importe quel moment, à n’importe qui. Le nom de la série donne également un indice, l’Agent Ford n’hésitant pas à qualifier ces tueurs de « chasseurs », qualificatif qui lui sera donné par la série même.

Cette comparaison, si elle témoigne avant tout d’une humanité perdue chez les meurtriers, devrait également pouvoir nous dire quelque chose sur Ford, et donc sur nous même. Ford suit finalement les motivations de ceux qu’il étudie : il s’agit d’assouvir une soif de contrôle provoquée par l’aliénation d’un groupe, aliénation dûe aux règles qui dirigent ce groupe et à notre impossibilité d’y répondre. Cet assouvissement ne pourra s’accomplir qu’en brisant ces règles qui nous ostracisent.

Briser ces règles appelle évidemment à des conséquences, et pour y échapper, les deux sortes de chasseur semblent ne pas évoluer au même niveau. Ed Kemper, le spécialiste, manipule les sentiments et l’image qu’il renvoie. Holden Ford utilise sans détour la domination. Car malgré son envie répétée de vouloir comprendre l’esprit sociopathe, il semble oublier que les tueurs possédaient, à l’origine, un esprit semblable au sien. Une envie de comprendre, sans le courage de s’identifier. C’est cette impossibilité pour lui de réaliser ce fait, ce point commun entre lui et ses sujets, qui le rendra dominateur envers ses semblables. S’il ne peut reconnaître sa propre part de sociopathie chez lui, commune à tout être, il lui manquera la perspective nécessaire pour accepter un point de vue différent du sien. Il ne reconnaîtra donc jamais ses torts, ce qui l’amène vers un désir de domination.

Cette impossibilité de s’identifier (plusieurs représentants de la loi apparaissent purement dégoûtés et horrifiés par les actes) malgré l’envie de comprendre (que ce soit Ford, ou Tench même si lui comprend cette impossibilité et l’accepte) est au coeur des enjeux émotionnels de la série. Le spectateur y est d’ailleurs plongé, puisque la fascination qu’exercent ces personnes à l’esprit a priori insondable justifie la création de ce genre de série (et la carrière de Fincher) même si la série se plait à nous rappeler régulièrement le caractère inhumain de la série de crimes. Une catharsis pour nous donner l’envie de comprendre, et un réalisme pour nous rappeler à l’horreur.

Finalement, la série ne met pas le spectateur dans la tête du sociopathe comme il est coutume dans ce genre d’oeuvre, mais révèle le sociopathe dans la tête du spectateur. Un retournement de valeurs qui fait toute la saveur de la série, et toute son originalité.

Lire la critique complète ici…

 

Publicités