Publié dans Santé

L’Imodium, cette « méthadone du pauvre » qui tue les toxicomanes

Un nouveau phénomène inquiétant sévit parmi les toxicomanes aux Etats-Unis. Les accros aux antidouleurs ont en effet jeté leur dévolu sur l’Imodium, cet antidiarrhéique très répandu car en vente libre aux USA et au Canada. Consommé en grande quantité, le médicament fait planer le toxicomane et ce à moindre prix. Cette « mode » est particulièrement inquiétante car ingérés à haute dose, les comprimés d’Imodium sont mortels. On déplore déjà plusieurs cas outre-Atlantique.

L’Imodium, ce médicament « inoffensif » et bien pratique, a rejoint les armoires à pharmacie de presque tous les foyers. Utilisé sur une courte période, il résout les problèmes de diarrhée et fait partie de la liste des médicaments essentiels recensés par l’Organisation mondiale de la santé. Un incontournable donc, mais qui est à éviter en cas d’infection à la salmonelle par exemple, vu que la substance active a tendance à favoriser certaines bactéries et leur séjour dans l’intestin. Mais le plus grand risque de l’Imodium est tout autre: les toxicomanes sont désormais à la recherche de ce médicament dont le composant-clé est la lopéramide.

Opiacé
Pourquoi? Parce que la lopéramide, dont le but initial est de stimuler l’absorption d’eau et d’électrolytes en augmentant également le temps de transit dans l’intestion, est aussi un opioïde, un opiacé psychotrope de synthèse comme la morphine, la codéïne, l’oxycodone, l’héroïne ou le fentanyl, cet analgésique qui a coûté la vie au chanteur Prince l’an dernier.

Si l’Imodium, version courante de la lopéramide, ne fera évidemment pas « planer » l’utilisateur lambda, car il en aura une consommation modérée telle que prescrite par le médecin ou le pharmacien. La dose maximale journalière autorisée est de 16 miligrammes soit huit comprimés pour les cas sévères de diarrhée chronique ou aigue. Elle ne comporte alors quasi aucun danger. Mais les toxicomanes, en quête de leur dose d’opiacés, ingèrent fréquemment jusqu’à 400 voire 500 comprimés par jour. Certains iraient même jusqu’à mixer plusieurs centaines de médicaments dans un blender avec des fruits pour en faire des smoothies… une méthode encore plus dangereuse car elle permet à la drogue d’être assimilée encore plus rapidement par l’organisme.

Coeur
Le risque? Une overdose de lopéramide, qui entraînera un ralentissement voire un arrêt respiratoire – tout comme les autres opioïdes – mais qui en sus causera de graves troubles cardiaques. En cas d’overdose, les médecins peuvent administrer un antidote appelé chlorydrate de naloxone mais celui-ci ne résoudra en rien les problèmes cardiaques survenus lors de l’overdose.

Les patients sujets d’une overdose à la lopéramide présentent des électrocardiogrammes extrêmement anormaux, explique le Dr David Juurlink, chercheur spécialisé dans la sécurité des drogues à l’hôpital Sunnybrook de Toronto au Canada. « Quand quelqu’un a un ECG de ce type, il n’y a aucun remède miracle ».

« Aucun symptôme et puis ils tombent raides morts »
« On la compare à la méthadone du pauvre », résume le médecin. « A haute dose, elle provoque les mêmes effets que la méthadone ou l’oxycodon (un antidouleur très addictif). Le problème est que la dose ‘nécessaire’ pour parvenir à planer est aussi extrêmement dangereuse ». Mortelle, même: « Elle arrête votre coeur ». Le problème est qu’aucun signal d’alarme n’inquiètera le toxicomane: « C’est quelque chose que ces gens font des semaines ou parfois des mois durant, sans arrêt et pour autant sans jamais aucun problème ni symptôme. Et soudain, ils tombent raides morts ».

Preuve en sont les décès par overdose de lopéramide qui s’accumulent aux Etats-Unis. Au Canada également, on dénombre une série d’overdoses aux antidarrhéiques mais sans que le gouvernement ne confirme combien de décès peuvent y être imputés. Mais la problématique est ardue car il est impossible de réguler l’usage d’une substance en vente libre. Le message des médecins est donc clair: ne dépassez jamais la dose recommandée d’Imodium, et ne la considérez surtout pas comme une drogue récréative accessible, bon marché et sans danger.

Publicités