Publié dans Politique

Législatives: les coulisses de la brouille Bayrou-Macron

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Alliés pendant la présidentielle, les deux hommes se déchirent sur les législatives. Avec en toile de fond, les rapports de pouvoir au sein de la nouvelle majorité.
A peine réunie, la famille centriste est-elle déjà en instance de divorce? Les investitures de la République en Marche pour les élections législatives virent au psychodrame entre le mouvement politique d’Emmanuel Macron et le Modem de François Bayrou. Les deux hommes, qui avaient célébré en grande pompe leur alliance pendant la présidentielle, allant jusqu’à mettre en scène leur complicité devant les chaînes de télévision, sont au bord de la rupture. Le maire de Pau s’estime floué par les arbitrages d’En Marche! et en appelle au nouveau président de la République pour rétablir l’équilibre politique dans la future majorité destinée à gouverner la France. Dans l’attente, la liste publiée hier soir ne recueille pas « l’assentiment » du leader centriste, qui convoque vendredi soir un bureau politique de son parti.

Coup de théâtre

Jusqu’à jeudi les négociations allaient pourtant bon train entre les deux écuries politiques. Mercredi, après un déjeuner en tête à tête, Emmanuel Macron et François Bayrou conviennent d’un accord sur 113 circonscriptions pour le Modem. Un chiffre qui grimpe même à 120 le lendemain matin, lors des négociations entre le secrétaire général du Modem Marc Fesneau et le responsable des relations avec les élus chez en Marche!, Stéphane Séjourné. La liste doit être publiée quelques heures plus tard lors d’une allocution au QG d’En Marche!. Mais en début d’après-midi, coup de théâtre, le secrétaire général d’En Marche! Richard Ferrand entre dans la pièce pour dire que le conseil d’administration du mouvement refuse d’avaliser cet accord. « Ce que vous avez écrit hier n’est plus valable », lance l’ancien député socialiste. « J’apprend alors ébahi que l’on passe de 120 à 80 circonscriptions », raconte Marc Fesneau.
En réalité ce sera encore moins. Dans la liste finale relayée par En Marche!, seules 39 circonscriptions sont réservées au Modem. Rue de l’Université, où sont situés les locaux de la formation centriste, c’est la stupéfaction. « C’est un travail de plusieurs mois qui vole en éclat, se lamente Marc Fesneau. Et pour quoi ? Pour voir d’anciens socialistes investis à la place? ». Pour le porte-parole du Modem Yann Wehrling, c’est tout l’équilibre politique de la future majorité qui est en jeu. « Notre accord avec En Marche!, c’était avant tout l’aboutissement d’un vieux combat, celui de la pluralité politique. Nous voulons résister à la tentation hégémoniste d’un seul parti. »
Vendredi, l’entourage d’Emmanuel Macron a tenté d’éteindre la polémique. Sans céder un pouce de terrain. Corinne Lepage, qui a soutenu la candidature de l’ancien ministre de l’Economie, pointe le décalage entre les candidats proposés par le Modem et la base militante d’En Marche!. « Ils voient débarquer des gens qui sortent de nulle part alors qu’ils ont fait tout le boulot. C’est un vrai problème. Ce n’est pas l’esprit En Marche! Comment voulez-vous qu’ils le soutiennent? Ils ne voudront pas faire campagne pour lui. » Un argument rejeté par l’entourage de François Bayrou. « Nos militants aussi se sont engagés dans la campagne et se retrouveront à soutenir un candidat En Marche! », tonne Marc Fesneau.

Une question d’argent

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Autre hypothèse mise en avant par les macronistes: l’enjeu financier de la campagne. « C’est avant tout une question d’argent, souligne Corinne Lepage. Les législatives rapportent 1,20€ pour chaque vote pour un candidat. Pour le Modem, c’est le nerf de la guerre. » Une explication qui fait sourire Yann Wehrling. « On ne peut pas nous faire ce procès. Pendant des années nous n’avions qu’un tout petit nombre de députés à l’Assemblée nationale ». « Si c’est vraiment ce que nous voulions faire, on aurait présenté directement 400 députés », abonde Marc Fesneau.
Si les relations ne sont pas coupées entre François Bayrou et Emmanuel Macron, les conseillers du maire de Pau en conviennent: il faudra un geste substantiel pour le ramener à la table des négociations. 90 députés? 100? « On n’est pas dans une discussion de marchands de tapis, se défend Marc Fesneau. Il s’agit aussi d’un rééquilibrage sur le fond. Pour l’instant, ce sont beaucoup d’anciens socialistes, il y a Gaspard Gantzer… A Emmanuel Macron de prendre les bonnes décisions ». En cas d’échec des négociations, le Modem pourrait bien sortir l’arme nucléaire et présenter des candidats dans toutes les circonscription. Face à En Marche!.

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