Publié dans Cinéma, Société

Moi, Daniel Blake

Je viens de voir « Moi, Daniel Blake« , le dernier Ken Loach, honoré par une Palme d’Or au dernier festival de Cannes et conspué quasi unanimement par la critique, et en particulier celle de gauche..

et je me sens particulièrement en colère. Pas (seulement) contre le système destructeur que Loach dénonce vigoureusement dans son film, mais par l’incroyable arrogance dont font preuve la plupart de ses détracteurs. On connaît les arguments contre « Moi, Daniel Blake« , ils sont encore plus manichéens et simplistes que les mécanismes actionnés par le vieil extrémiste anglais : quand Loach utilise les armes classiques du cinéma – scénario, interprétation, montage – pour nous parler de l’inhumanité de notre société technocratique qui broie – après les avoir consciencieusement humiliés – les pauvres, les malades, les démunis (et je défie quiconque de me regarder dans les yeux en me disant que ce que « Moi, Daniel Blake » raconte est une fiction…), on lui fait des reproches qu’on ne fait même pas au plus putassier des blockbusters américains prônant la soumission et l’abêtissement ! Oui, le cinéma de Ken Loach est un cinéma militant, et qui plus est, efficace : il suffit de voir la tête des spectateurs qui sortent de la salle. Mais c’est aussi un cinéma profondément humain, qui conte notre désespoir, notre chute, notre fierté et notre colère aussi : Loach permet à chacun de ses personnages d’exister à l’écran avec une générosité précieuse, et je suis prêt à parier que c’est ce souffle d’humanité qui survit à la honte quand tout est perdu qui a convaincu les jurés de Cannes, alors qu’ils avaient devant eux nombre de films « artistiquement » supérieurs. Ils ont su voir combien le cinéma de Loach, ce fameux « cinéma militant de gauche » conspué par les bobos, les hipsters et tous les branchés qui toisent le monde d’en bas du haut de leur vaine arrogance, est important, en 2016 plus que jamais. « Moi, Daniel Blake » n’est pas une leçon de cinéma, mais une nécessaire leçon d’humanité. [Critique écrite en 2016 par Eric Pokespagne]

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