Publié dans Santé

Compteurs Linky : risque économique, risques sanitaires, dérive démocratique

ERDF, filiale à 100% d’EDF, devenue « Enedis », réalise actuellement la pose des compteurs électriques Linky, qui se substituent à vos anciens compteurs. Ces compteurs sont en fait des objets communicants, où les données passent par le courant domestique, qui symbolisent l’entrée de la galaxie ERDF/Enedis-EDF sur le marché des données numériques. Leur pose est « obligatoire » selon un certain nombre de brochures diffusées par Enedis aux abonnés, tandis que son Président finissait en février 2017, sous la pression, par avouer que ce n’était pas le cas (voir hyper lien en conclusion). Or, ces compteurs posent un triple problème : économique, sanitaire et démocratique. Explications.

Vers un échec économique

Linky, c’est 5 milliards d’euros, et certainement 7 ou 8. La Cour des Comptes écrit (Rapport annuel 2015, www.comptes.fr, Courdescomptes2015-ouverture-marché-electricite-concurrence.pdf) : …le succès du compteur Linky reste suspendu à des perspectives financières fragiles (la valeur actuelle nette du projet à l’échéance de 2034 ne serait que de 0,2 milliards d’euros pour un investissement de 5 milliards). Même appréciation de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies, qui pointe un dérapage vraisemblable des coûts de 2 à 3 milliards d’euros, aux impacts évidents sur la facture individuelle. La France n’a d’ailleurs jamais guère réussi ses grands projets industriels informatiques : échec du Plan calcul, du Minitel, par exemple. Pourquoi ? Difficulté pour un monopole de planifier une vision économique dans un environnement très mouvant, vision trop centralisée des réseaux héritée d’un autre temps, direction planificatrice, où domine l’ingénieur mais capable, par sa capacité de lobbying et les liens haute-administration/sociétés d’origine publique, d’inspirer la réglementation et d’en retarder l’adaptation. Par ailleurs, sur le marché général des données numériques, si le consommateur est déjà à la fibre ou au haut-débit hertzien, quel avantage retirerait-il d’un nouveau lien filaire ? L’industrie du transport des données est entrée dans l’ère des rendements décroissants. Ainsi, le Directeur général de la Fédération française des télécoms pointait dans le rapport annuel 2013 l’érosion des bénéfices de l’industrie des services mobiles donc, au-delà, de l’industrie des données auquel appartient tout objet connecté, donc Linky. Le risque d’échec économique est donc avéré, et ce dans une perspective globale ou EDF est déjà fragilisée et possède 100 % d’ERDF-Enedis.

Des risques sanitaires avérés

L’ANSES (https://www.anses.fr/fr) dans son avis de 2016 sur le compteur Linky ne conclut pas à sa non-dangerosité. C’est pire encore : elle, l’experte, conclut qu’elle ne sait pas. Le rayonnement des compteurs Linky, c’est-à-dire les fréquences qui s’ajouteront aux fréquences du courant domestique, entre dans le domaine des rayonnements électromagnétiques en général, à la différence qu’on ne peut pas éteindre Linky qui rayonnera dans toute la maison à des hyper-fréquences, alors qu’on peut éteindre son téléphone portable ou ne pas travailler sur son ordinateur.

Il faut donc voir comment les normes sanitaires ont été établies, puisque Enedis dit partout que le compteur est « dans la norme ». Il n’est guère facile de comprendre les normes de précaution de l’usage du téléphone mobile, et donc de tout objet connecté, donc de Linky. Pouvons-nous trouver, en ce qui concerne les téléphones portables, et donc les compteurs Linky, une analogie historique ? Dans le domaine de la chimie appliquée à l’alimentation (colorants, pesticides, conservateurs, emballages, etc.), nous connaissons ce que l’on appelle la Dose Journalière Acceptable, ou « DJA », c’est-à-dire la dose… de produits chimiques toxiques que nous pouvons ingérer chaque jour sans pour autant tomber malades, parce qu’il y aurait une quantité à partir de laquelle ils deviendraient des poisons. L’idée générale, c’est que « la dose fait le poison » : sous une limite, on peut consommer les toxiques. Vrai et faux. Marie-Dominique Robin, dans son film Notre poison quotidien, souligne que les perturbateurs endocriniens n’obéissent pas à cette règle de la DJA : ces perturbateurs, présents par exemple dans les plastiques de certains revêtements internes de boîtes de conserves, certains biberons, bouteilles en plastique, etc., agissent aussitôt qu’ils sont présents dans nos organismes en mimant l’effet de certaines hormones… En matière de téléphonie, ce qui pourrait s’apparenter à la Dose Journalière Quotidienne est le « Débit d’Absorption Spécifique , ou « DAS ». Le doute doit être de absolu si l’on sait que les DAS ne sont pas les mêmes aux Etats-Unis et en Europe : si, aux Etats-Unis, le DAS est de 1,6 W/kg sur le premier gramme de tissus humain exposé, il est à 2 W/kg en Europe sur les dix premiers grammes. Or, si l’énergie transmise par le rayonnement atteint 2,5 sur le premier gramme et 0,9 sur le dixième gramme, la moyenne n’est peut-être que de 1 W/g pour la norme européenne, ce qui n’empêchera nullement le premier gramme d’être sur-exposé à un rayonnement. En chiffrant le DAS à 1,6 W/kg sur le premier gramme seulement, les Etats-Unis (et le Canada) sont plus exigeants que l’Union Européenne. Linky est donc un cas emblématique ou un opérateur installe chez vous un objet, dans l’indifférence quant à ses conséquences sanitaires.

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