Publié dans Politique

Pénélope Fillon : tous les schèmes ont les forces et les faiblesses de leur motif

Cette histoire pose la question du travail. Que nous supprime le travail ? Que nous donne-t-il ? Comment est-il réparti ? Que se passe-t-il dans une société qui n’offre de l’emploi qu’à 30% des individus?. Ce n’est peut-être pas un hasard si cette affaire tombe sur François Fillon. Peut-on être Thatchérien aujourd’hui sans réfléchir plus profondément à la question du travail.
D'après "les feuilles de paie" de Penelope Fillon, celle-ci a été rémunérée de 1998 à 2002 par son mari, député de la Sarthe.

L’histoire de Pénélope Fillon pose deux questions essentielles :

-Pour comprendre la population et mieux la gouverner, les hommes politiques devraient vivre avec l’équivalent du salaire moyen en France, 1700 euros. Les salaires de Pénélope Fillon sont révélateurs du fonctionnement politique. Ses emplois successifs font apparaître une augmentation rapide de 3500 € mensuels à 8000 €, fort inusuelle pour les salariés français.

-Pourquoi les femmes ont-été incapables de créer une économie et un type de société plus féminin ? Le travail des femmes n’a fait que rendre la société plus martiale, plus intolérante, plus dépressive et moins solidaire.

Depuis 200 ans, notre pays s’est plu à supprimer toute valeur à la dimension contemplative. Or tous les schèmes ont les forces et les faiblesses de leur motif. Aucun n’est parfait ou plus désirable mais l’exclusion d’un schème en particulier  créé des zones d’ombre et des excès. La suppression de la dimension contemplative a créé une fétichisation de la vie politique et du schème martial.

Le christianisme a identifié de longue date, la nécessaire complémentarité des motifs psychiques fondateurs parmi lesquels le psychisme contemplatif de Marie et celui agissant et opérant de Marthe. Marie prie, Marthe agit. Dans Gouverner c’est servir, l’historien Jacques Dalarun expose l’usage qu’en a fait Robert Abrissel fondateur de l’abbaye de Fontevraud: « Laissons Marie soupirer vers les cieux ; Marthe, toute indigne qu’elle soit, saura administrer le temporel […] une vierge élevée au cloître n’entendrait rien à la gestion des biens de l’abbaye » (J.Dalarun, Gouverner c’est servir : 155).

La gouvernance des abbayes doit être confiée à des femmes qui incarnent le schème agissant de Marthe : des converses avec une connaissance du monde et un goût pour l’action. Marie, est trop loin du monde et n’a pas les qualités requises pour gouverner: « Car comment pourra-t-elle rationnellement traiter les affaires terrestres, celle qui a toujours eu l’habitude des œuvres spirituelles ? » (J.Dalarun, Gouverner c’est servir : 149)

Les motifs psychiques sont fondamentalement égalitaires. Ils interagissent et s’imbriquent entre eux tels les acteurs d’une œuvre où chacun a une fonction et un talent que n’a pas l’autre.

C’est ce que notre société ne sait pas faire. Alors que le travail salarié n’a jamais été aussi précaire et menacé, les hommes politiques continuent à ne pas prendre en compte cette disparition. La dimension contemplative avec ses monastères et ses mystiques concevait une forme alternative au schéma martial. Notre société a non seulement exclu la possibilité d’une fonction contemplative heureuse et productive mais elle a égaleement exclu toutes les autres formes alternatives.  Le revenu universel est une forme contemplative comparable à celle des monastères. Bien posé, l’expérimentation de ce revenu créerait un modèle alternatif au modèle libéral. La multiplicité des schèmes assure une diversité de modèles. A force de ne plus explorer les capacités de Marie (la dimension contemplative), nous ne savons plus corriger les excès de Marthe.

Pénélope Fillon illustre cette tension entre la femme qui travaille autrement mais à qui l’on exige de ‘travailler’ avec une forme contractuelle contemporaine, extrêmement normée et le style de vie de la classe politique pour qui obtenir un salaire de 5000 à 8000 euros ne pose aucun problème. 

Cette histoire n’est pas un problème d’emplois fictifs. Combien de personnes parmi celles qui s’en prennent aujourd’hui à Pénélope Fillon n’auraient pas accepté un emploi fictif ?

Cette histoire  pose la question du travail. Quel sens à le travail pour une femme ?  Que nous supprime le travail ? Que nous donne-t-il ? Comment est-il réparti ? Que se passe-t-il dans une société qui n’offre de l’emploi qu’à 30% des individus (prévisions actuelles). Ce n’est peut-être pas un hasard si cette affaire tombe sur François Fillon. Peut-on être Thatchérien aujourd’hui sans réfléchir plus profondément à la question du travail ?

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