Publié dans Cinéma

99 bougies pour Suzy Delair

Née le 31 décembre 1917, Suzy Delair a soufflé ses 99 bougies.

Impossible, en citant le nom de Suzy Delair, de ne pas avoir une pensée pour cette artiste définitivement entrée dans le panthéon du cinéma en 1947 grâce à Henri-Georges Clouzot. En lui confiant le rôle de Mila Malou dans L’assassin habite au 21 puis, cinq ans plus tard, celui de l’imprudente Jenny Lamour dans Quai des Orfèvres – l’un des plus grands chefs d’œuvre de la filmographie française –, le cinéaste a donné à la comédienne son rôle le plus marquant. Il est vrai qu’il était dans la vie le compagnon de Suzy Delair.

99 ans, c’est précisément l’âge qui a été fatal, le 18 décembre, à l’actrice américaine d’origine hongroise Zsa Zsa Gábor. Moins coriace, l’actrice française Michèle Morgan est, quant à elle, passée de vie à trépas à 96 ans le 20 décembre. En l’occurrence, il s’agit là de petites natures comparées à la chanteuse Léo Marjane, décédée comme Zsa Zsa Gábor le 18 décembre, mais à l’âge de… 104 ans ! En voilà une qu’a d’ailleurs bien connue Suzy Delair. Et pour cause : ces deux-là étaient rivales et triomphaient sur les planches des music-halls dans les années 40. Mais à la différence de Léo, Suzy a su imposer sa présence au cinéma, au point d’avoir tourné dans une vingtaine de films, sans compter de nombreuses figurations préalables.

Léo Marjane, Suzy Delair, en voilà deux qui, outre la chanson, ont eu un autre point commun, et pas le plus glorieux de leur longue existence. Ces deux artistes ont en effet été l’objet d’investigations et d’auditions des Comités d’épuration qui, après la Libération, ont demandé des comptes à tous ceux qui, durant l’Occupation allemande, avaient collaboré avec l’ennemi ou a minima fait preuve de complaisance à son égard.

Or, complaisante avec les Allemands, Léo Marjane l’a été, elle qui n’a jamais hésité à se produire dans les cabarets fréquentés par la soldatesque occupante alors que d’autres artistes mettaient un point d’honneur à éviter ces lieux, allant jusqu’à s’expatrier aux États-Unis. Même complaisance pour Suzy Delair qui, de surcroît, ne cachait pas à cette époque sa sympathie pour l’idéologie nazie. On rapporte même qu’en 1942, invitée à visiter en Allemagne les studios UFA (Universum Film AG), l’actrice fut très déçue de n’avoir pu rencontrer Joseph Goebbels.

Curieusement, ces deux artistes furent moins inquiétées qu’Arletty, coupable – suprême offense dans la France de l’Occupation – d’avoir pratiqué la « collaboration horizontale », autrement dit d’avoir couché avec un officier allemand de la Luftwaffe. Un « crime » que cette grande comédienne paya de 3 ans d’interdiction d’exercer malgré le trait d’humour, soufflé par Henri Jeanson, qu’elle lança à ses juges : « Mon cœur est français, mais mon cul est international ! » Il est vrai que, questionnée sur son état de santé, Arletty aurait eu cette réponse provocatrice : « Pas très résistante ! » Une réplique qui n’était évidemment pas de nature à lui attirer l’indulgence.

Léo Marjane s’en est tirée sans dommage, si ce n’est d’avoir été un temps pointée du doigt par les nouveaux censeurs de la morale patriotique. Quant à Suzy Delair, sa peine a été limitée à 3 mois d’interdiction. Difficile aujourd’hui de tenir rigueur à cette artiste d’un égarement idéologique de jeunesse vite oublié par son public. De cette comédienne et chanteuse de talent, l’on garde en mémoire ses prestations cinématographique et, pour les plus anciens, le souvenir d’une interprète d’opérette très appréciée par son glamour mâtiné d’espièglerie.

Joyeux anniversaire, Suzy ! Et une excellente année 2017, avec pour objectif de souffler dans 12 mois les bougies du centenaire.

Chanson, avec son tralala ♫

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