Publié dans Télévision

Pierre Tchernia est mort

L’homme de télévision et de cinéma est décédé à 88 ans

DISPARITION – Popularisé par les émissions Mardi Cinéma, Monsieur Cinéma ou encore Les enfants de la télé, Pierre «Magic» Tchernia est mort à 88 ans.

Pour le grand public, il était «Monsieur Cinéma» ou «Magic Tchernia», un pionnier de la radio et de la télévision, une vidéothèque encyclopédique ambulante indispensable, un conteur facétieux aux anecdotes savoureuses et inépuisables. Une mémoire du petit écran, dont l’existence pourrait faire l’objet d’un roman tant elle est extraordinaire à certains égards.

Pierre Tchernia est décédé, dans la nuit de vendredi à samedi à Paris, à l’âge de 88 ans. «L’état de santé de papa s’est dégradé il y a 8 jours, il est mort à 3 heures du matin dans nos bras», a annoncé samedi matin son fils Antoine Tchernia. «Il est parti dans la sérénité entouré de sa famille», a ajouté de son côté son agent.

Pierre Tchernia est né Piotr Tscherniakowsky le 29 janvier 1928, à Paris, d’un émigré russe, ingénieur spécialisé dans le chauffage central et d’une couturière française. Enfant, le petit Pierre rêve d’abord d’être pompier – il habite Levallois-Perret, à deux pas d’une caserne -, se passionne pour les bandes dessinées et montre une grande curiosité pour les mots. Pour lui, ouvrir les pages d’un dictionnaire relève davantage d’un jeu que d’un exercice scolaire. Il goûte au cinéma au Magic Ciné de la ville des Hauts-de-Seine et restera marqué par La Chevauchée fantastique qu’il découvre à l’âge de 12 ans. «Je serai John Ford ou rien du tout!», se promet l’enfant qui rêve aussi des arts du spectacle.

Un «glouton optique»

Il sera un élève brillant de l’École technique de photographie et de cinématographie (ETPC) de la rue de Vaugirard à Paris, puis de l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC) où il croise entre autres Claude Sautet, Alexandre Tarta et Pierre Cardinal. Il en sort diplômé à 20 ans et déniche un premier emploi de régisseur dans une tournée théâtrale en Allemagne, sous la houlette de… Jean Richard. Un an plus tard, en 1949, rue Cognacq-Jay, il participe à la création du premier journal télévisé avec Pierre Dumayet, Georges de Caunes, Pierre Sabbagh et Jacques Sallebert, avant de devenir lui-même auteur, animateur, producteur d’émissions diverses comme La clé des champs, La boîte à sel, L’arroseur arrosé, Cinq colonnes à la une, inaugurée en 1959 par Pierre Lazareff, L’ami public N°1 – il s’y entretient avec Walt Disney -, La piste aux étoiles et enfin, de 1966 à 1987, celle qui contribua à sa légende: Monsieur Cinéma, dont le titre s’inspire de la publicité… Monsieur Propre!

Mu par une curiosité insatiable, il se considérait comme un «glouton optique». Pierre Tchernia s’essaiera même au cirque, en 1952, avec Gilles Margaritis et sera, un temps, l’un des artistes du cabaret à la Rose rouge, du Tabou et du club du Vieux Colombier. Il s’ilustrera également au music-hall avec ses compères, Jean Poiret et Michel Serrault. Homme-orchestre, avec Robert Dhéry, le fondateur des Branquignols, il collabore à l’écriture du long-métrage, La Belle Américaine, qui connaîtra le succès auprès du public. Allez France suivra, puis enfin en solo, il passe derrière la caméra et signe Le Viager avec deux inénarrables Michel: de nouveau Serrault et Galabru. Une comédie grinçante née sur une idée de René Goscinny avec lequel Pierre Tchernia planche sur plusieurs dessins animés d’Astérix et de Lucky Luke et dont il est parfois le narrateur comme en 2006 pour Astérix et Obélix.

Ce touche-à-tout réalisera ensuite plusieurs longs-métrages: Les Gaspards (1974), La Gueule de l’autre (1979) et Bonjour l’angoisse (1987), les trois avec son acteur fétiche, Michel Serrault qu’il «utilisera» également pour son adaptation, entre autres, du Passe-Muraille de Marcel Aymé. En 1988, Monsieur Cinéma devient Mardi Cinéma sur Antenne 2, agrémenté de la célèbre caméra cachée de Jacques Rouland et de Jacques Legras et les informations sur le septième Art dénichée par Jean-Claude Romer. Ce rendez-vous durera vingt-et-un an jusqu’à ce que Pierre Tchernia présente  Bonjour la télé proposant des séquences sur les… Débuts du petit écran.

«Pierre, il n’y a pas une émission qu’on démarre ou qu’on termine sans penser à toi….»

Arthur

L’homme a toujours défendu la qualité des programmes et prévenu ses interlocuteurs des dangers de la course à l’audience. Une poignée d’années plus tard, de 1994 à 2006, ce père de quatre enfants contribuera pourtant au succès d’une émission de divertissement de TF1: il est l’un des chroniqueurs vedette des Enfants de la Télé, aux côtés d’Arthur qui le surnomme «Magic Tchernia». «Je connaissais Arthur depuis vingt ans. France 2 avait programmé la première à 22h30… La direction n’avait pas confiance! La première commence, Arthur présente les invités, il termine par moi: Pierre «Magic» Tchernia. «Magic», venant de lui, était un véritable hommage. […] J’ai connu un regain de popularité. J’ai avec Arthur des rapports extrêmement affectueux. C’est un homme sensible. J’ai été très heureux qu’il vienne me rechercher» avait déclaré ce passionné de cinéma à nos confrères de L’Union. De son côté, Arthur a toujours manifesté son respect pour ce grand monsieur: «Je lui dois toute ma carrière». D’ailleurs, en 2015, pour fêter les 20 années d’existence de l’émission, l’animateur avait rendu un vibrant hommage à son «idole»: «Pierre, il n’y a pas une émission qu’on démarre ou qu’on termine sans penser à toi….»

Entre-temps, Pierre Tchernia était revenu à ses premières amours en interprétant le rôle de Caius Gaspachoandalus dans Astérix et Obélix, mission Cléopâtre sous la direction d’Alain Chabat. En 2008, il était le narrateur d’un nouvel opus: Astérix aux Jeux olympiques de Frédéric Forestier et Thomas Langmann avec notamment Gérard Depardieu, Alain Delon et Clovis Cornillac. Il était l’une des personnalités les plus caricaturées dans les albums d’Astérix. Ce bon vivant répétait volontiers qu’il avait eu de la chance. Le public lui était reconnaissant d’avoir donné ses lettres de noblesse à la télévision.

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