Publié dans Musique

Renaud, grande voix malade

Neuf ans qu’il n’avait pas écrit de chanson, six ans qu’il n’avait pas sorti de disque… Renaud réapparaît par la grâce de Grand Corps Malade, qui lui a proposé de collaborer sur une chanson de son nouvel album.

Joli coup, à double détente. Le lancement du nouvel album de Grand Corps Malade se retrouve sur le devant de l’actualité, pas tant grâce au slameur que grâce à… Renaud. L’éternel fantôme-moribond-revenant de la chanson française y participe, comme neuf autres auteurs (Thiéfaine , Cherhal, Aznavour…). A chacun d’eux, Grand Corps Malade a demandé d’écrire un texte à partir d’une phrase (« Il nous restera ça ») ; jolie idée de la part d’un garçon sympathique, qui parvient ainsi à renouveler un univers qui commençait à sérieusement tourner en rond.

Renaud, donc. Sa participation au projet est longtemps restée secrète, pour mieux en ménager l’effet. Un teaser vidéo balancé sur la Toile il y a quinze jours avait d’abord confirmé sa présence (on le voit, habilement mis en scène, le visage volontairement flou). Mais sa chanson était encore retenue par les producteurs, comme peuvent l’être celles de stars internationales — c’est tout juste si quelques radios, et quelques journalistes acceptant de se déplacer dans un bureau confiné, avaient pu l’écouter. Jusqu’à hier, jour où le disque est enfin arrivé dans les rédactions, deux semaines avant sa sortie commerciale (le 23 octobre).

Alors, elle est comment, cette chanson de Renaud ? Intitulée Batterie, c’est une sorte de lettre, adressée à Malone, son fils de 9 ans. « C’était ton anniversaire, tu voulais une batterie, une grosse caisse, une caisse claire, tu voulais faire du bruit… » Lettre d’amour et de tendresse, bien sûr, incursion familiale mais sans débordement. « Tu voulais faire du bruit pour faire chier tes voisins, un peu ta mère aussi, la chahuter un brin ». Texte habile, ponctué d’un clin d’oeil à son propre passé de chanteur (« J’ai mis mon âme dans tout mon baratin pour que tes Tatatam rejoignent mes Tatata » – allusion à son Dès que le vent soufflera), et d’un coup de griffe à ceux qui l’enterrent déjà (« Oublie tous les vautours, Ton papa est bien là »). Mais ce qui frappe le plus, c’est la voix. Déchirée – donc déchirante –, saisissante par ses écorchures. Elle rappelle étrangement celle d’un Philippe Léotard ou d’un Allain Leprest. Renaud parle, plus qu’il ne chante – et chantonne sur le refrain. Quant à la musique, signée du duo Babx/Angelo Foley, elle dessine une valse douce qui contraste avec la rugosité du timbre.

Quelle conclusion en tirer ? Que Renaud, dont on ne cesse de se demander s’il va ou non sortir un album dans les mois qui viennent, s’est en effet remis à l’écriture. De là à trop se projeter… On sait juste qu’il était en effet en studio cet été, à Bruxelles. Et que des journalistes ont « planqué » devant la porte pendant plusieurs semaines, pour essayer de l’attraper. Pour l’heure, non seulement aucune date de sortie pour un éventuel disque n’est annoncée, mais il n’est même pas certain que quoi que ce soit sorte un jour. En attendant, les fans pourront donc acheter le disque de Grand Corps Malade (la sortie s’annonce d’ores et déjà réussie) et se passer Batterie en boucle, en pleurant de joie ou de tristesse devant les mots les plus émouvants que Renaud livre là : « Tu voulais faire du bruit comme j’en ai fait parfois. Ça m’a bouffé la vie, fais gaffe à tes petits doigts ».

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