Publié dans Techno

Camps de désintox : dans l’enfer des jeunes Chinois accros à Internet

En réponse au taux toujours plus important d’accros à Internet, plusieurs centres ont été créés ces dernières années en Chine. Leur but : guérir ce “trouble clinique”. Un reportage de Reuters, publié le 1er juillet, nous plonge dans le quotidien de ces drogués d’Internet en pleine cure de désintox.

En Chine, sur 300 millions d’habitants connectés, ils seraient 24 millions à être atteints de cyberdépendance. Si bien qu’en 2004 est né le premier camp de sevrage du genre à Pékin, censé guérir ce mal moderne. Une tendance qui s’est accélérée lorsqu’en 2008, la Chine est devenu le premier pays à considérer l’e-addiction comme une “trouble clinique”.

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Selon l’agence américaine Reuters, il existerait aujourd’hui environ 250 camps dont l’objectif est d’éradiquer l’overdose d’Internet, surtout chez les jeunes, dans toute la Chine. Le centre d’éducation Qide en fait partie.

Dans l’enfer des “internetomanes”

Considéré souvent comme un dernier recours, ce genre d’endroit accueille de jeunes Chinois emmenés par leurs parents, inquiétés et ne sachant plus quoi faire face à la pratique hypnotisante de leur progéniture.

Pendant quatre à huit mois, en fonction de la gravité de l’addiction, les jeunes adolescents chinois vivent totalement déconnectés de tout appareil électronique, coupés du monde extérieur pour un sevrage brutal dont le but est de les reconnecter à la société. Interviewé par Reuters, Xing Liming qui s’occupe de Qide, explique la démarche :

Les enfants qui souffrent d’addiction à Internet ont une mauvaise condition physique. Leur obsession avec Internet a fragilisé leur santé et a fini par leur faire perdre leur capacité à vivre en société. Vivre dans un environnement militaire les rend plus disciplinés.

Les exercices physiques sont le quotidien de ces jeunes et comme à l'armée si quelqu'un n'a pas suivi les règles, c'est tout le groupe qui est "puni". (Crédit Image : Reuters)

Si leur addiction peut être aussi diverse que les jeux vidéo, le réseautage social, les jeux d’argent en ligne voire la pornographie, une seule méthode drastique est utilisée.

Beaucoup de sport, une participation à la vie collective – entre rangement, vaisselle, nettoyage et préparation de la nourriture –, un suivi psychologique, des cours classiques, etc.  Sur le papier, ce genre de camp paraît une bonne méthode, sauf que cet entraînement militaire intensif (dirigé par d’anciens militaires la plupart du temps, d’où l’équipement camouflage) prend des allures de dictature.

Pour beaucoup, il se transforme en camp de vacances de l’angoisse, entre parcours du combattant et violences aussi bien physiques que psychologiques.

Les cours donnés par d'anciens militaires. (Crédit Image : Reuters)

Des camps plus dangereux que la “maladie” ?

Selon Quartz, voilà ce que l’Institut d’entraînement pour une nouvelle conception de la vie, situé à Henan (province du Centre-Est de la Chine), promet aux parents sur son site Internet :

Notre but est d’accepter, de respecter et de prendre soin des enfants perdus, les aider à devenir sains, heureux, intelligents et ouverts d’esprit, amener les familles sur la route du bonheur et de l’harmonie.

Pourtant, le mois dernier, un drame a lieu dans ce camp. Guo Lingling, une jeune fille de 19 ans est décédée à cause de lésions cérébrales provoquées par plusieurs responsables qui l’ont frappée. Son erreur ? S’être rendue dans la salle de bain sans autorisation.

Toujours selon Quartz, lorsque la mère de la victime est venue réclamer le corps de sa défunte fille, certains élèves lui auraient lancé des bouts de papier avec le numéro de leurs parents dessus, tel un appel au secours.

Un des papiers d'appel au secours des élèves chinois (Source : Quartz)

L’affaire choque. Pour autant, ce n’est pas la première fois qu’un tel drame a lieu dans l’enceinte d’un de ces camps. En 2009 déjà, le Wall Street Journal relayait l’histoire d’un jeune de 16 ans, Deng Senshan, battu à mort car il aurait refusé de continuer à courir, dans la province de Guanxi Zhuan.

Si ce sont surtout ces deux cas qui ont fait beaucoup de bruit dans la presse, selon le journal Chinois Legal Evening News, ils ne sont pas les seuls. Douze cas de violences physiques ont été recensés dans ce genre de centre en Chine ces dernières années, dont sept qui ont conduit à la mort de la victime. La plupart des centres concernés par les drames ont fermé et pour taire l’affaire, c’est souvent leur illégalité et le manque de qualification du personnel qui sont dénoncés.

La même année, le Ministère de la Santé chinois avait demandé l’arrêt des électrochocs comme méthode de curation et promulgué des directives qui interdisaient aux centres de désintox de pratiquer des châtiments corporels. Pourtant, trois ans après, ils continuent d’exister dans quelques camps.

La preuve en est la mort de Guo Lingling et les images de l’agence de presse où la dureté, non seulement physique mais aussi psychologique qui s’exerce sur les cyber-addicts, est palpable. En effet, tout cet arsenal déployé en Chine continue d’exister tant l’e-addiction est devenue une obsession nationale.

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