Publié dans Santé, Société

Suivre une cure de « digital detox »

Les vacances seraient-elles faites pour se priver ? Après les « séjours jeûne » ou autres cures de thalasso antitoxines, un nouveau phénomène émerge : la digital detox.

Suivre une cure de "digital detox"

No WiFi, no Smartphone, no TV ! Le vacancier hype est invité à enfermer son téléphone au coffre-fort de l’accueil. Dans un hôtel luxueux de Dublin, en campement vintage aux États-Unis, aux thermes de Vichy ou dans un château du haut Médoc, il reçoit un « kit de survie » en échange de son recours compulsif à la technologie : livres, jeux de société, vélo, séances de yoga… Sans compter un bon massage et des menus bio ou allégés. D’autres fuient dans les endroits les plus reculés de la planète pour être sûrs de se déconnecter. Quitte à s’étonner que « même ici, le réseau passe » ! Encadrées ou non, ces cures de sevrage volontaire affichent le même objectif : s’obliger à prendre du recul pour mieux renouer avec l’« essence de soi ».

Une éclipse identitaire. Ces séjours répondent à une soif de disparaître, selon le sociologue David Le Breton, auteur de Marcher, éloge des chemins et de la lenteur (Métailié, 2012). « Disparaître, c’est ne plus avoir de comptes à rendre. Nos vies sont dévorées par la contrainte d’être quelqu’un : la mère ou l’employé de telle entreprise. En échappant aux sollicitations, on peut alors découvrir d’autres dimensions de soi », explique-t-il. Et se surprendre à être contemplatif, hédoniste…

Une purification existentielle. Aux yeux des candidats à la détox numérique, « l’hyperconnexion serait un état existentiel nouveau », analyse Fabien Loszach, sociologue spécialiste de la culture et des imaginaires sociaux. Ces « êtres réseaux », totalement tournés vers les autres, ont l’impression de se dissoudre de l’intérieur. Surfant sur le registre médical (l’antitoxicité), mystique (l’isolement) et spirituel (le retour à soi), les séjours détox leur proposent de « recouvrer leur intégrité corporelle et psychique », assure-t-il. Cette escapade peut ainsi donner le sentiment de reprendre le contrôle sur soi.

Une distraction temporaire. « Ne soyons pas naïfs, met en garde le psychiatre Serge Tisseron, auteur de 3-6-9-12, apprivoiser les écrans et grandir (Érès, 2013). Cette offre repose sur une mystification, car il n’y a pas d’addiction au numérique mais simplement une pression sociale. Elle ne constitue donc pas un sevrage. » Au retour, il faudra bien trier les centaines d’e-mails arrivés ! « Toute la difficulté est de se modérer. Et cela passe par un apprentissage au fil de la vie quotidienne », ajoute-t-il. Cette pause invite néanmoins à diversifier ses activités et sa façon de créer du lien avec les autres, reconnaît-il. Et, finalement, les vacances ne sont-elles pas faites pour ça ?

Et ce soir 21h sur canal + le documentaire « Digital Detox »

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