Publié dans Techno

5 questions sur les survols de drones

Attrape-moi si tu peux. Les survols de lieux publics sensibles ressemblent à une version vaguement inquiétante de ce jeu. La succession de vols intervenue dans la nuit du lundi 23 au mardi 24 février, qui a vu au moins cinq drones évoluer à Paris au-dessus de la place de la Concorde, autour de la Tour Eiffel, mais aussi en surplomb de l’ambassade des Etats-Unis, ajoute un épisode supplémentaire à cette série que les forces de l’ordre prennent très au sérieux. On peut tenter de résumer les problématiques que posent ces survols en cinq questions.

1/ Comment enquêter sur les survols de drones ? 

Depuis que les appareils ont été repérés au cours de la nuit, les enquêteurs s’efforcent de rassembler les témoignages des personnes ayant aperçu les drones. La police judiciaire est chargée des survols des lieux publics alors que la Gendarmerie des transports aériens (GTA) est spécifiquement chargée de l’enquête concernant celui de l’ambassade des Etats-Unis. Dix enquêteurs sont au travail. Le passage d’un drone ne laissant, par définition, pas de trace, les renseignements visent à établir des constats de base. A quelle altitude volait l’appareil (un élément difficile à établir, de nuit) ? De quel type de drone s’agissait-il précisément ? Ses diodes – qui permettent au pilote de repérer où se trouve l’avant de l’appareil – étaient-elles allumées ? S’il s’avère que ce sont ces points lumineux (que le pilote peut neutraliser) qui ont permis de repérer les appareils, il s’agit peut-être du signe d’une volonté d’attirer l’attention, de provoquer les forces de l’ordre. Impossible d’identifier l’appareil par des voies réglementaires. Aucun registre n’existe sur les propriétaires de drones de loisirs, engins qui ne sont pas immatriculés et ne font l’objet d’aucune déclaration. Un certain nombre de pilotes de drones ayant réalisé des survols irréguliers se sont fait prendre après avoir mis en ligne les images tournées au-dessus de lieux interdits. Depuis octobre, aucun auteur de survol de centrale nucléaire ou de lieu public sensible n’a commis cette erreur.

2/ Comment fait-on voler un drone la nuit, au-dessus de Paris ?

On ignore le nombre de drones qui ont survolé la capitale. On sait en revanche que ce type de petit appareil – des modèles appartenant peut-être à la catégorie des DJI Phantom pesant un kilo et ne pouvant embarquer plus qu’une caméra de type GoPro – n’offre qu’une faible autonomie de vol (autour d’un quart d’heure). Comme pour les survols de centrales nucléaires, l’hypothèse la plus souvent avancée est qu’il s’agirait de vols programmés par GPS. En général, on voit les pilotes de drones commander leur appareil en « vol à vue », à partir d’une radiocommande. Voire en réalisant un « vol en immersion » en portant des lunettes de réception pouvant recevoir, comme sur un écran, les images provenant de la caméra embarquée. Dans le cas des survols « sauvages », il est donc probable que le vol du drone ait été, au moins en partie, programmé par GPS. Avantage : le pilote n’a pas à diriger le drone en se tenant à proximité de celui-ci. Ce dispositif de vol automatisé est disponible dans les appareils ne coûtant que quelques centaines d’euros. On peut imaginer qu’un comparse peut réceptionner l’appareil parvenu au point d’atterrissage programmé. Une chose, en tout cas, semble acquise : ceux qui font voler des drones en pleine nuit au-dessus de lieux interdits ne sont pas des néophytes.

Vicki Burton

3/ Peut-on faire voler, sans penser à mal, un petit drone à Paris ?

D’un point de vue réglementaire, les pilotes qui font voler nuitamment un drone sont en infraction. La réglementation bannit explicitement cette pratique. De même, il est interdit de survoler une zone urbaine, sauf à être un opérateur professionnel et disposer des autorisations nécessaires (pour assurer une opération d’entretien, tourner un film…). Les usages liés aux loisirs sont tolérés lorsqu’ils ont lieu dans des zones dégagées, à distance respectable des passants et s’insèrent dans le cadres de pratiques de bon sens. Les bois de Boulogne et de Vincennes offrent ainsi quelques espaces dégagés permettant aux amateurs de petits drones de faire voler leurs engins, visiblement sans que cela ne crée de problèmes de coexistence.

 4/ Quels moyens pourrait-on mettre en œuvre pour neutraliser les drones indésirables ?

Après l’affaire du drone qui s’est crashé dans les jardins de la Maison Blanche, le constructeur chinois DJI a proposé d’étendre à Washington et ses environs les zones d’interdiction de vol déjà intégrées dans certains de ses appareils. Ce sont des points GPS (« no drone zones ») aux abords desquels le drone s’interdit automatiquement de décoller. DJI a déjà inclus les principaux aéroports (et la place Tian Anmen…) dans le logiciel de son Phantom 2. Outre que l’utilisateur peut « bidouiller » son appareil pour se soustraire à de telles interdictions, cette extension apparaît techniquement compliquée. Presque un mois après son annonce, DJI n’est toujours pas parvenu à mettre au point une mise à jour opérationnelle.

Hormis la neutralisation par arme à feu (envisageable si les forces de l’ordre estiment qu’un danger grave est avéré), on peut envisager de s’en remettre au brouillage du signal GPS ou de la liaison entre l’appareil et son pilote, au sol. La difficulté de cette solution est que sa mise en œuvre risque de ressembler à un marteau utilisé pour écraser une mouche. Pour tenir des drones à l’écart d’un lieu sensible, peut-on bloquer en permanence toutes les connexions (GPS, voire Wi-Fi) alentour ? Aussi, les recherches s’orientent-elles surtout vers des systèmes de détection et de surveillance plus sélectifs. En témoigne le cahier des charges de l’appel à projets lancé le 18 décembre par l’Agence nationale de la recherche (ANR) pour le compte du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN).

L’objectif est de sélectionner des projets destinés à « anticiper les risques potentiels induits par un emploi inapproprié ou malveillant » des drones susceptibles de menacer les zones à risque. Radars capables de détecter des petits objets volant à basse altitude, brouillage réellement sélectif des liaisons télécoms, drones anti-drones ? L’ANR est prête à aider (les subventions sont généralement comprises entre 200 000 à 600 000 euros) la mise au point dans un délai de six à huit mois de « démonstrateurs » capables d’assurer la « surveillance, la détection » voire « la neutralisation partielle ou définitive » d’un drone indésirable. Un système de protection qui, prend soin de préciser l’ANR, devra « respecter les libertés publiques » et particulièrement « le droit à la vie privée ». Cet appel à projets « Flash » a été clos le 3 février et les dossiers sont à actuellement à l’étude, nous a indiqué l’ANR.

Reuters/US Secret Service

A quoi s’expose un pilote de drone ?

La peine maximale prévue par la loi est d’un an de prison et de 75 000 euros d’amende, et certains parlementaires souhaiteraient l’alourdir. Jusqu’alors, les sanctions ont été relativement clémentes. Le survol de la place Stanislas de Nancy en pleine journée a valu en mai à son auteur une amende de 400 euros pour mise en danger de la vie d’autrui et violation de la réglementation aérienne. Deux dronistes qui s’étaient aventurés à filmer de trop près les opérations de sauvetage de l’équipage d’un cargo en pleine tempête, à Anglet, ont écopé de quatre mois de prison avec sursis. Un pilote qui avait perdu le contrôle de son appareil, retrouvé errant non loin des pistes de l’aéroport de Montpellier, a reçu une peine de deux mois avec sursis. Enfin, le 18 février 2014, il y a tout juste un an, un légionnaire interpellé alors qu’il faisait voler son drone à proximité de la tour Eiffel, a reçu une amende de 1 000 euros, dont 500 euros avec sursis. Son appareil lui a été confisqué. Dans l’éventualité où un Baron noir adepte du survol nocturne de zones interdites venait à être identifié et poursuivi, il n’est pas dit qu’il pourrait tabler sur la clémence des tribunaux.

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