Publié dans Economie

Pétrole, le vrai prix c’est quoi ?

algerie-petroleOn a lu tout et n’importe quoi sur les raisons qui font que le prix du pétrole s’écroule. Et pourtant, pour l’expliquer, il semble indispensable qu’il faille d’abord savoir qui, ou quoi, fixe le prix du pétrole, au risque de raconter des inepties. Un quidam n’oserait pas faire sur quelqu’un d’autre, du moins on l’espère, une opération à cœur ouvert. Donner une opinion péremptoire et la plus exacte possible sur la finance réclame… d’être financier, et pas n’importe lequel comme un guichetier de banque, mais un expert pratiquant la finance internationale des dérivés et achats à terme. Il faut aussi avoir suivi les abandons de régulations faits par les Américains depuis 2006, et même un peu avant. Explications, si vous le permettez.

À chacun son métier vous en serez d’accord. Ceux qui, comme moi, humblement soit dit, sont des professionnels de la finance dans le domaine, savent que les 2/3 du prix du pétrole sont fixés par la pure spéculation de 4 producteurs anglo-américains et de 5 banques. Pas par des émirs qui ont troqué leurs chameaux et des tentes pour des palais des mille et une nuits et se régalent des pétrodollars. Évidemment, pour ça comme pour autre chose, on confie à la doxa journalistique aux ordres de désinformer. Si bien que les idées les plus incomplètes et farfelues deviennent vérités pour la population abusée. Oui, c ‘est vrai aussi que la loi de l’offre et la demande est un facteur partiel de fixation de prix, qui compte pour maximum 1/3 du prix du pétrole, mais qui est largement devancé par des décisions inter banques et entre les « hedge funds » (fonds vautours spécialisés).

Tout d’abord, il faut savoir que les bourses pétrolières internationales jouent un rôle crucial. Les achats à terme du Nymex à New York et de l’ICE à Londres contrôlent les prix globaux et les fixent, ce qui décide des chargements de pétrole. Ces deux bourses le font en manipulant les achats à terme de deux sortes de brut, le WTI et le Brent. Le Brent est utilisé pour les contrats du jour (spot) et les contrats à terme (long-term contracts) pour définir la valeur, le cours officiel si vous préférez, du pétrole extrait le jour même. Ce prix très arbitraire, déterminé par le doigt mouillé au mieux ou l’intérêt géopolitique et financiers des puissants, est publié par une compagnie privée (tant qu’à faire autant que ça se passe entre nous), Platt’s. Les producteurs, seulement ensuite, incluant la Russie et le Nigéria, utilisent le Brent pour donner un prix au brut qu’ils produisent. Le Brent est la référence pour les marchés européens et jusqu’à un certain point, pour l’Asie. Vous avez bien lu, on fixe le prix d’abord entre amis, et on l’impose ensuite aux producteurs qui n’ont plus qu’à s’incliner. Autant pour les crédules qui croient que les Saoudiens fixent le prix du pétrole. D’abord comment le pourraient ils, ne représentant que 10% de la production mondiale, à un prix de revient très cher de 106 dollars ? Fable occidentale qui a dû bien faire rire le feu roi Abdallah et qui a amusé son successeur quand les puissants de ce monde sont venus lui présenter leurs hommages qu’on peut qualifier de honteux, alors qu’un bloggeur se préparait à recevoir mille coups de fouets. Mais ceci est une autre histoire, qui intéresse tous les amoureux de la liberté et ennemis de certains comportements.

Le WTI, l’autre variété de pétrole avec le Brent, est plus un panier américain qui s’applique aux contrats à terme US et pour la production des États-Unis. Tout ça semble limpide (si on veut) et très officiel, mais comment aujourd’hui les cours sont ils réellement déterminés ? Eh bien par un procédé si opaque, que seulement une poignée de banques négociantes comme Goldman Sachs ou Morgan Stanley savent qui achète ou qui vend des contrats à termes (futures en anglais) ou des contrats de dérivés (derivatives), ce qui fixe les prix du pétrole « physique » dans ce monde étrange, manipulé et trafiqué du « pétrole papier ».

Avec le développement des dérivés internationaux sans aucune régulation depuis une quinzaine d’années, la voie royale s’est ouverte pour la bulle spéculative sur les prix du pétrole. En d’autres termes, si une partie de l’essence que vous mettez dans votre auto paient des taxes, les deux tiers du pétrole nécessaire pour produire votre essence engraissent des mystérieux manipulateurs des cours. Avec un système pareil, pas étonnant que vous ayez peut-être des problèmes pour boucler votre budget. Depuis l’avènement du commerce du pétrole dicté par les contrats à terme de Londres et New York, le contrôle des prix du pétrole a quitté l’OPEP et est passé à Wall Street.

En Juin 2006 le Sous-Comité Permanent sur les Investigations du Sénat Américain a publié un rapport qui a fait grand bruit, « Le rôle des spéculations du marché dans l’accroissement des prix du pétrole ». Ce rapport mentionnait : « Il y a des preuves significatives que la spéculation dans les marchés actuels entraîne des prix accrus de façon importante ». Le Sénat à cette occasion a pointé du doigt des défaillances dans la régulation des dérivés « défaillances et brèches si grandes qu’un troupeau d’éléphants pourrait passer à travers », ce qui expliquait selon eux les augmentations de prix folles des derniers mois. Évidemment ce qui fonctionne à la hausse s’applique à la baisse. Notons que ce rapport du Sénat fut ignoré à la fois par la presse et par le Congrès. Tout en les autorisant, le Congrès a précisé « Une spéculation excessive pour toute ressource naturelle sur les prix du jour ou à terme pourrait causer des fluctuations soudaines et excessives et pourrait s’avérer être un fardeau inutile pour le commerce ». Bel euphémisme.

Pour les béotiens, les ressources sont négociées soit à la bourse, avec un cours publié, ou en OTC, ce qui signifie Over The Counter, c’est à dire de gré à gré, sans bourse, sans que les prix soient connus en dehors des participants et donc sans régulation. Évidemment, cette possibilité a été une brèche pour s’engouffrer et continuer les spéculations lucratives en toute impunité et secrètement. Il y a même une appellation pour qualifier ces achats et ventes, les « futures look alike », les opérations qui ressemblent à des achats ou des ventes à terme. Ces OTC ont connu depuis plus de 10 ans une popularité énorme. Une organisation, la CFTC, effectue des contrôles sur les traders du NYMEX (bourse), mais les opérations OTC en sont exclues. Pas de limites sur les contrats qu’un spéculateur peut détenir et initier, pas de contrôle sur l’échange lui-même, pas de contrôle sur les contrats restants (« open interest ») à la fin de chaque journée. Bref, la liberté totale de spéculer en toute tranquillité.

Pour être sûrs que la spéculation pourrait s’ébattre en toute sécurité et sans limites, la nouvelle CFTC de l’Administration Bush en Janvier 2006 a permis à l’ICE, bourse internationale dans le domaine des prix de l’énergie, d’utiliser ses terminaux aux US pour les contrats à terme avec Londres, appelés contrats à terme ICE, alors qu’auparavant l’ICE ne traitait que les contrats européens de Brent et de gaz naturel, et était supervisée par la très libérale UK Financial Services Authority. Ainsi en Janvier 2006, l’ICE négociait aussi le WTI américain, autrement dit un marché autrement plus important. La CFTC s’est empressée de refuser de s’occuper de près ou de loin du contrôle de l’ICE. Notons que le Président (James Newsome) du NYMEX, bourse américaine, est un ancien Président de la CFTC.

Une analyse des contrats à terme du Brent et du WTI (presque 100% du pétrole hors Dubaï dont, accessoirement James Newsome est aussi Président), montre une corrélation remarquable avec les prix des opérations à terme de l’ICE. CQFD !

Les achats massifs de contrats à terme de hedge funds, fonds de pension et spéculateurs privés ont créé une demande additionnelle pour le pétrole, portant à la hausse le prix pour des livraisons futures et présentes. Il faut comprendre que cette demande virtuelle joue pour 60 % et plus du prix, tant à la hausse qu’à la baisse. Si Goldman Sachs et Morgan Stanley sont les banques de négociation du pétrole, Citigroup et JP Morgan sont les pourvoyeurs de fonds des hedge funds qui spéculent. Même le Sénat a attribué 25 dollars de spéculation sur un baril à 60 dollars, les spécialistes portant l’incidence à 60%. J’ose espérer que ce qui est la conclusion du Sénat Américain qui a produit ce rapport après plusieurs mois d’études et d’auditions et qui est dénoncé par les experts du domaine, sera suffisant pour vous convaincre que le prix du pétrole, c’est d’abord pour l’essentiel de la spéculation. Les gains sont considérables pour les banques et les hedge funds. Ne riez pas, c’est vous qui payez.

Une fois ce point éclairci, qui explique que les prix du pétrole sont des décisions politiques ou géopolitiques, basés sur la spéculations et les gains énormes de quelques uns, et que la baisse radicale du prix du pétrole a été décidée en haut lieu par la finance, il ne reste plus qu’à dire pourquoi et surtout par qui, au plus haut sommet du pouvoir. Pourquoi diantre se priver maintenant de milliards de dollars de profits spéculatifs depuis la chute du prix du pétrole, si ce n’est pour une cause ÉNORME, par des banques qui en baissant les prix ont effacé tout profit ? L’argument fallacieux d’affaiblir tel ou tel pays ne tient guère la route. Pourquoi aussi aucune banque américaine ne s’occupe-t-elle plus de négocier les ressources depuis plusieurs semaines ? À qui sera-ce confié ? La réponse n’a pas encore été donnée.

Les statuts prévisionnels des SDR mentionnent que ce rôle serait dévolu aux nouveaux SDR négociés en 2015. Dans l’intervalle beaucoup de producteurs de gaz de schiste américains vont déposer le bilan, comme 65% des producteurs de pétrole à partir des sables bitumineux au Canada en Alberta l’ont fait depuis début Décembre 2014. Les victimes finales seront les acheteurs des produits titrisés pour 1 600 milliards de dollars, c’est à dire des petits investisseurs retraités qui ont acheté des obligations à haut rendement qui s’avèreront être des fonds perdus.

L’explication ? On s’interroge. Cette manipulation bizarre à la baisse du pétrole pourrait être un cygne noir, un « black swan » destiné à contribuer au chaos menant au reset via les SDR, selon la dialectique hégélienne. En tous cas, on ne voit pas quelle autre explication serait logique et vraisemblable. Si vous en voyez une faites le nous savoir, on est preneurs.

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