Publié dans Economie

Explosion de l’euro, le jour d’après : ce qui se passerait si la monnaie unique disparaissait brutalement ?

Explosion de l’euro, le jour d’après : ce qui se passerait si la monnaie unique disparaissait brutalement (et avec le dossier grec, ça n’est pas que de la science fiction...)

On reste sur le dossier grec , avec ce scénario fiction qui n’est pas de la science fiction : les heures de l’Euro sont comptées, d’une manière ou d’une autre. Tic Tac Tic Tac … Z .

Abandon du cours du franc suisse par rapport à l’euro par la Banque nationale suisse, montée des partis populistes aux ambitions controversées vis-à-vis de l’Europe concrétisée par la victoire de Syriza, décision de la BCE de mettre en place une politique d’assouplissement monétaire contre le gré de l’Allemagne… Si l’esprit humain a de manière générale tendance à minimiser les risques, justement parce qu’il ne souhaite pas être confronté au pire, les signes avant-coureurs d’un délitement de l’union monétaire s’accumulent.

Atlantico : Que se passerait-il concrètement si la monnaie unique disparaissait brutalement ?

Nicolas Goetzmann : L’économiste german-américain, Rudiger Dornbush,  avait pu déclarer : « Une crise prend bien plus de temps à venir que ce que vous pensez, et lorsqu’elle arrive, cela se produit bien plus vite que vous ne l’auriez pensé ». La situation actuelle est effectivement propice à mouvement de rupture de ce type. Mais si un tel évènement est aujourd’hui possible, il reste encore improbable.

Concrètement, une dissolution de l’euro aurait pour première conséquence de réactiver immédiatement les banques centrales nationales, et c’est la capacité de chaque Etat à afficher un discours monétaire solide et crédible qui déterminera l’essentiel de la suite des évènements. Bien évidemment, si ce discours tombe dans la facilité et la médiocrité, les pays devront en subir les effets financiers. Ce qui peut aller très loin dans l’idée du désastre. Si, au contraire, une stratégie monétaire crédible est affichée, immédiatement, menée par une équipe reconnue, les « marchés » suivront. En l’occurrence, il est difficilement imaginable de voir les 19 pays de la zone euro répondre avec la même cohérence. Une période de fortes turbulences est donc une certitude.

L’autre point essentiel, c’est le volet juridique. L’intégralité des contrats signés en euros passeront devant les tribunaux, ce qui fera peser une incertitude juridique totale sur l’existant dans l’ensemble de la zone. Ce n’est pas un point mineur, les intérêts économiques croisés sont immenses.

Les intérêts politiques seront principalement guidés par la capacité des Etats à gérer ces intérêts économiques. Chaque état ayant naturellement une propension à tirer la couverture à soi, la confrontation ne pourra pas être amicale. Les tensions entre anciens colocataires sont évidemment à prévoir.

Jean-Yves Archer : La décision suisse vient nous rappeler qu’en matière monétaire, le pouvoir souverain existe. Ainsi, dans le cas de la zone euro, si dislocation il devait y avoir, il faut bien mesurer que plusieurs hypothèses sont envisageables. Quatre méritent d’être décrites ici. Il y a tout d’abord le cas d’un pays sorti du cadre de l’euro pour non-respect des traités. Ceci fait penser à l’hypothèse d’un clash retentissant avec la Grèce mais pose une question juridique non dénuée de portée : rien n’a été prévu pour définir les conditions d’exclusion d’un pays de l’eurozone.

Puis, il y a le cas d’une méfiance totale des marchés et d’une sortie du jeu des échanges mondiaux de notre monnaie unique. Ceci n’est pas une hypothèse impossible même si elle semble se rapprocher de la théorie du cygne noir. Les Etats auraient alors à définir les nouvelles conditions de la création monétaire sous une contrainte temporelle inouïe. On peut imaginer que dans ce cas, bien des Etats adopteraient le dollar comme monnaie du fait de l’urgence et des blocages effectifs des transactions intra-eurozone.

Troisième hypothèse, plusieurs pays du Sud parviennent à négocier leur sortie respective et l’euro devient alors une monnaie plus nordique et plus cohérente. Quatrième hypothèse qui ne relève pas de la fiction, on peut concevoir que lassés de la situation d’ensemble, l’Allemagne et les pays composant son hinterland décident de créer une nouvelle monnaie – une sorte de nouveau mark – pour devenir l’emblème monétaire de la puissance économique de la Mitteleuropa que le groupe de Visegrad appelle de ses vœux.

En Allemagne le Parti pour l’Alternative est en phase avec l’idée qu’il convient que les partenaires les plus proches de l’Allemagne aient une monnaie commune répondant alors aux critères de la zone économique monétaire optimale définie, en théorie économique, par Robert Mundell.

D’autres scénarios sont envisageables mais je ne crois pas à une disparition totale de l’euro au profit d’un violent reformatage du nombre de pays demeurant habilités à faire partie de l’eurozone.

Jean-Marc Daniel : Il ne faut pas se tromper sur les menaces qui pèsent sur la zone euro. Les arguments soi-disant techniques sur l’avenir de l’euro comme l’abandon du change fixe du franc suisse par rapport à l’euro ignorent l’essentiel. Ce qui compte dans une union comme l’union monétaire européenne est la volonté politique des participants de s’associer et de respecter des règles communes. Si l’euro disparaissait, cela signifierait que cette volonté n’existe plus si tant est qu’elle ait existé. Il est des pays et des unions monétaires qui se sont défaits pacifiquement comme la Tchécoslovaquie et d’autres qui se sont défaits dans le drame comme la Yougoslavie ou, on le voit encore en ce moment, l’Union soviétique. Quoi qu’il en soit, les divorces, entre les hommes comme entre les institutions humaines, sont rarement paisibles

Le retour aux devises d’avant l’euro supposerait la redéfinition d’une gamme de billets pour chaque pays puis les conditions d’échange des anciens billets. Pour l’instant, rien n’est prêt physiquement pour la disparition de l’euro. Chaque fois que des unions monétaires ont changé de périmètre (dans le sens de l’extension comme dans celui de la réduction) il ya eu une phase de transition. Quand l’histoire a forcé le destin et a forcé la main des dirigeants, cette phase de transition a été anarchique, cela conduisant en général à de l’inflation. Il est probable que la fin de l’euro signifierait une très forte inflation dans les pays du Sud, France comprise alors que dans les pays du nord, on peut considérer que la stabilité des prix serait garantie. Quand l’Empire austro-hongrois s’est défait, la Tchécoslovaquie a très vite stabilisé sa devise grâce notamment à une assez forte discipline de sa population, alors que l’Autriche et la Hongrie, clairement identifiées comme des vaincus de la guerre, ont sombré dans l’inflation

Yanis Varoufakis, ministre des Finances du nouveau gouvernement grec, aura l’occasion de défendre à nouveau sa position mercredi 11 févrirer lors d’une réunion exceptionnelle des ministres des Finances européens.  Suivant quel scénario la Grèce pourrait-elle être le point de départ de la fin de l’euro ?

Nicolas Goetzmann : Pour que la Grèce provoque la fin de l’euro, plusieurs scénarios paraissent envisageables. Bien que fictifs.

Une sortie « maitrisée » économiquement

Le premier est le refus de la Grèce de se soumettre aux demandes de ses partenaires. En brandissant le mandat que lui a donné le peuple grec, Syriza peut aller jusqu’au bout et provoquer sa propre sortie. A partir de là, plusieurs réactions sont à prévoir. Si la contagion n’a pas lieu, les partis euro critiques actuels dénonceront alors une Europe inégalitaire, qui se permet de renvoyer son membre le plus fragile après lui avoir imposé une injuste cure d’austérité. La zone euro serait alors perçue comme une zone de compétition économique exclusive, dont les « mauvais élèves »  sont renvoyés. Le fait, par exemple, que la Grèce soit le berceau de la civilisation européenne n’ait aucune importance pour un tel ensemble, en dit long sur son ambition. Ce qui aurait pu être un ensemble politique n’est en réalité qu’un centre commercial. D’autres Syriza émergeront alors, jusqu’à la fin politique de l’ensemble. La montée en puissance de Podemos en Espagne, premier parti dans les sondages, en est le premier exemple.

Une sortie non maitrisée

La sortie de la Grèce donnera un signal aux marchés financiers. La zone euro qui était considérée jusqu’alors comme indivisible, devient alors divisible. Les arbitrages se feront en conséquence et les pays le plus fragiles se retrouveront rapidement menacés. Les banques des pays périphériques peuvent rapidement être attaquées, et on repart alors pour un tour avec une doctrine des pays du nord qui continue de se durcir. Ce risque de contagion est en réalité maximal; ne pas vouloir le prendre en compte relève d’une arrogance maladive de la part des dirigeants.

La réussite de la Grèce en dehors de la zone euro

C’est le scénario le plus cocasse. Il s’agirait pour la Grèce de sortir de la zone euro, et, après un choc sévère supplémentaire sur son économie, de recommencer à retrouver une croissance rapide. Notamment avec l’aide de nouveaux partenaires comme la Russie. Une telle hypothèse n’est envisageable que si le gouvernement en place parvient effectivement à remplir son rôle, assurer le respect de la règle fiscale, réformes structurelles, lutte anticorruption etc. Si après deux années, le pays est en ordre de marche, que le chômage baisse et que l’espoir renait, les autres pays de la zone euro pourraient commencer à avoir des doutes sur leur propre situation. Mais ce scénario me paraît le moins crédible, il suppose une sortie de la Grèce maîtrisée économiquement, une non contagion au reste de la zone euro, une réussite totale du gouvernement grec, et un aveuglement continu des européens. Cela fait quand même beaucoup, même si l’aveuglement européen reste une valeur sûre.

Article assez long, la suite ici :  http://www.atlantico.fr/decryptage/explosion-euro-jour-apres-qui-se-passerait-monnaie-unique-disparaissait-brutalement-avec-dossier-grec-est-pas-que-science-1995539.html#0RRulLvQhfeDojfc.99

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