Publié dans Politique

Le compte caché des sénateurs UMP

Le sénateur Henri de Raincourt (au centre), ancien ministre du gouvernement Fillon.
Le sénateur Henri de Raincourt (au centre), ancien ministre du gouvernement Fillon.© Reuters

D‘après des documents obtenus par Mediapart, un ministre de Nicolas Sarkozy, Henri de Raincourt, arrondissait ses fins de mois au gouvernement grâce à une cagnotte secrète au Sénat. Un compte bancaire ouvert au nom du « groupe UMP » était distinct du compte officiel et réservé à quelques sénateurs seulement.

Les sénateurs UMP ont raison de s’affoler. Les juges chargés d’enquêter sur leurs « petits » arrangements financiers sont en train de faire sauter, au pied-de-biche, le couvercle de la boîte de Pandore. Déjà, ils ont listé chèques et retraits d’argent suspects, empochés via une association quasi fantoche. Aujourd’hui, c’est un compte bancaire secret qui surgit. D’après des documents obtenus par Mediapart, un compte a en effet été ouvert chez HSBC au nom du « groupe UMP du Sénat »,dont certains dirigeants du groupe ignoraient l’existence.

En parallèle du compte officiel situé dans une tout autre banque, il a visiblement été utilisé par une poignée d’élus issus d’un même courant, celui des Républicains indépendants (les rivaux historiques du RPR). À quoi a bien pu servir ce compte bis, forcément alimenté à l’origine par des fonds publics ? À ce stade, il est impossible de le dire, à une exception près.

Les pièces bancaires en notre possession indiquent en effet qu’un sénateur UMP, devenu ministre de Nicolas Sarkozy en juin 2009, Henri de Raincourt, a été secrètement rémunéré depuis ce compte du « groupe UMP du Sénat » pendant qu’il était au gouvernement, via un virement automatique de 4 000 euros par mois. D’après certains documents, ces versements auraient duré jusqu’en mars 2011.

Cette mise sous perfusion d’un ministre de la République par un groupe parlementaire, si elle devait se confirmer, outre qu’elle pose des questions légales, contredit frontalement le principe de séparation des pouvoirs exécutif et législatif – d’autant que Henri de Raincourt a été en charge « des relations avec le parlement » dans le gouvernement Fillon (avant de récupérer le portefeuille de la « coopération »).

Depuis juin 2012, l’intéressé est redevenu simple sénateur de l’Yonne, puis un temps vice-président de l’UMP (2013-2014). Depuis dix jours, il fuit toutes nos questions. Coups de fil, e-mails, SMS, rien n’y fait. Quand on l’appelle sur son portable, il nous raccroche au nez  (« Je ne répondrai pas ! »). Ce faisant, Henri de Raincourt ne dément pas.

Mais qui est cet homme discret ? Marquis, fils de sénateur et petit-fils de conseiller général, marié à la fille d’un ancien député, Henri de Raincourt, pur produit du sérail, a décroché son premier mandat au palais du Luxembourg en 1986. Longtemps président du groupe des Républicains indépendants du Sénat (qui a fusionné avec le RPR en 2002 pour fonder l’UMP), il a ensuite réussi, en 2008, à s’emparer de la présidence du groupe UMP, sans guère d’écho médiatique.

La seule fois où Henri de Raincourt a fait parler de lui après sa nomination au gouvernement en juin 2009 (à l’âge de 60 ans), c’est quand la presse a découvert qu’il cumulait son salaire de ministre de 14 000 euros avec une « allocation vieillesse » de sénateur – cumul auquel François Fillon lui a demandé de mettre fin immédiatement. Mais qu’importe. Le marquis avait encore bien des ressources cachées.

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