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Une étude qui rend malade

Notre résistance aux maladies est-elle fonction de notre personnalité ? Ou sont-ce nos mécanismes inflammatoires qui, à l’inverse, déterminent qui nous sommes ? Une étude américano-britannique jette les bases d’un lien entre physiologie et psychologie.

Attention, je tiens à mettre en garde toute personne hypocondriaque qui nous écoute : il vaudrait mieux pour vous – je vais me faire enguirlander par notre directeur chéri mais tant pis – si vous êtes hypocondriaque, c’est le moment d’aller sous la douche, de mettre une petite chanson qui dure pile 3 minutes 30 pour retrouver Matthieu CONQUET juste après… je sais pas, faites autre chose, vérifiez cette petite plaque rouge que vous avez aperçue tout à l’heure au réveil sur votre visage, on sait jamais, passez un coup de fil à votre médecin – à cette heure-ci je suis sûr qu’il sera ravi… bref, passez votre chemin.

Le malade imaginaire Honoré Daumier © domaine public

C’est le postulat d’un groupe de chercheurs américano-britanniques, qui vient de publier dans la revue Psychoneuroendocrinolgy ; ça fait un certain temps que la recherche s’intéresse à la façon dont notre personnalité, ou certains traits qui la caractérisent, influent sur nos fonctions biologiques… ou l’inverse.Par exemple, la différence entre les lève-tôt et les couche-tard, du point de vue biologique… des chercheurs se sont rendus compte que les oiseaux de nuit avaient moins de substance blanche dans leur cerveau et donc a priori moins de récepteurs de sérotonine et de dopamine, les fameuses molécules du plaisir,  ce qui conduirait les personnes « du matin » à être plus optimistes, moins sujettes à la dépression et aux addictions, tandis que les couche-tard présenteraient, eux, des traits plus créatifs, et des facultés cognitives plus étendues, par exemple.

Dans la lignée de ce type d’étude, des chercheurs se sont donc demandés quelle pouvait être l’influence de la personnalité sur la réponse du corps aux agressions extérieures. Alors, vous allez me dire, la personnalité, c’est un concept vaste, certes…

Pour circonscrire ce concept, les chercheurs se sont arrêtés sur trois marqueurs : introversion et extraversion, comme marqueurs du tempérament social, de notre faculté à sociabiliser plus ou moins facilement ; le névrotisme, comme marqueur de la tendance à ressentir des émotions négatives ; et la conscience, ce qui est une traduction imparfaite de « conscienciousness » en anglais, ou plus précisément notre faculté à être consciencieux, à accomplir des tâches de façon attentive, soigneuse.

Les chercheurs ont donc demandé à 120 de leurs étudiants de remplir un questionnaire de personnalité, dont les réponses permettaient de graduer ces trois marqueurs de la façon la plus précise possible. Ils ont ensuite prélevé des échantillons sanguins, pour y chercher une vingtaine de gènes qui encodent les réponses immunitaires et les mécanismes inflammatoires, ainsi que les défenses contre les attaques virales.

En croisant ces données, voici donc ce que les chercheurs ont trouvé.

Chez les personnes caractérisées comme « extraverties », les gènes pro-inflammatoires sont plus exprimés, là où chez les personnes plus « conscienceuses », ce serait l’inverse, c’est-à-dire que ces gènes sont moins exprimés, et donc, in fine, la réponse aux infections moins véloce. En contrepartie de quoi les personnes « extraverties », plus promptes à déclencher des réponses inflammatoires, seraient également plus sujettes aux maladies dites « auto-immunes », c’est lorsque votre système immunitaire attaque votre propre corps.

Mais ce qui est intéressant dans cette étude, ce ne sont pas tant ces résultats que ce qu’ils impliquent en amont, à savoir : est-ce notre personnalité qui détermine, d’une certaine façon, notre réponse immunitaire ou l’inverse… notre système immunitaire qui façonne une partie de notre personnalité. C’est d’autant plus intéressant que l’on sait que les réactions inflammatoires sont liées, d’une certaine façon, aux troubles dépressifs.

On sait que certaines molécules relâchée au cours d’une réponse immunitaire, les cytokines, peuvent passer dans le cerveau et influer sur la production de sérotonine et de dopamine, dont les personnes dépressives manquent de façon chronique. Voilà en quoi cette étude est un nouveau jalon dans la recherche, plus vaste, sur l’influence des mécanismes inflammatoires sur l’ensemble de notre équilibre, physiologique et psychologique.

Pour nos amis hypocondriaques, rien ne sert donc de vous précipiter sur la boite d’anti-inflammatoires, même si vous vous sentez très introverti et très consciencieux. Quant à la toux que vous traînez, Marc, depuis bientôt 3 mois, rien à voir avec votre tempérament extraverti et névrotique : il suffit que vous arrêtiez de fumer.

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