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Lorraine : polémique sur le calibre des pommes de terre dans les restaurants « La Pataterie »

Anthony Kozak (à gauche) de Bar-le-Duc et Romain Bolot de Crêches-sur-Saône sont criblés de dettes. Photo Mathieu CUGNOT 

Anthony Kozak (à gauche) de Bar-le-Duc et Romain Bolot de Crêches-sur-Saône sont criblés de dettes. Photo Mathieu CUGNOT

Les pommes de terre servies dans les restaurants « La Pataterie » sont-elles suffisamment grosses ? La question peut prêter à sourire. Elle est pourtant posée de façon tout ce qu’il y a de sérieuse au tribunal de commerce de Limoges, ville où se trouve le siège de Pataterie Développement, la société propriétaire de l’enseigne.

Une société qui est attaquée par deux de ses franchisés. L’un, Romain Bolot, a repris un restaurant La Pataterie à Crêches-sur-Saône, près de Mâcon, en Saône-et-Loire. L’autre, Anthony Kozak, en a ouvert un dans la Meuse, à Bar-le-Duc.

Tous deux contestent le calibre des patates qui leur sont livrées. Un litige un brin folklorique qui cache un malaise beaucoup plus sérieux et profond. Les deux gérants sont en effet au bord du gouffre financièrement.

« J’y croyais à fond »

« J’ai tout perdu sauf ma femme et mes enfants », lâche Anthony Kozak. « Pourtant, au début, j’y croyais à fond », ajoute cet ancien cadre d’une trentaine d’années qui a cru réaliser son rêve professionnel en s’installant à son compte dans la restauration. Même enthousiasme de départ pour le quinquagénaire Romain Bolot, entrepreneur dans le bâtiment à la recherche d’une bonne affaire : « Avec la Pataterie, j’ai eu l’impression de tomber sur des gars sympas et bien franchouillards. Les premières rencontres étaient très conviviales ».

C’était en 2011 lors de la visite de franchisés et d’une journée découvert organisée par La Pataterie. Trois ans plus tard, c’est la soupe à la grimace qui est au menu. Les gérants de Crèches et Bar-le-Duc ont investi 600.000 € dont 120.000 € d’apport personnel et ils n’ont plus rien. Hormis des dettes. Aux alentours de 300.000 €, évalue chacun des deux franchisés. « C’est un vrai gouffre », insiste Romain Bolot qui a renoncé à se verser un salaire de gérant et vendu sa maison pour essayer de maintenir son restaurant à flot.

Pour lui, comme pour son collègue de Bar-le-Duc, la Pataterie aurait une lourde part de responsabilité dans leurs déroutes économiques. Car elle leur aurait fait miroiter, au départ, un chiffre d’affaire (850.000 €) et des revenus beaucoup plus alléchants que la réalité. « On nous a vendus de manière trompeuse le contrat de franchise », accuse en chœur les deux gérants.

« Nous ne sommes pas Madame Soleil »

Faux, rétorque le franchiseur. « Nous ne sommes pas des vendeurs de rêve. Nous ne sommes pas non plus Madame Soleil. En 2011, l’année a été historique pour la restauration en général et pour nous en particulier. Nous ne pouvions donc pas deviner l’ampleur de la crise actuelle. Le secteur a perdu 90 millions de visites au restaurant ces douze derniers mois. Et la Pataterie n’y échappe pas », analyse Alexandre Maizoué, l’un des deux patrons du groupe La Pataterie.

Les restaurants qui arborent sa bannière, sont en effet dans une très mauvaise passe. En novembre dernier, sur les 154 qui étaient déjà ouverts en 2013, quatre seulement affichaient une hausse du chiffre d’affaires. Tous les autres sont en baisse. Parfois de façon spectaculaire.

La Pataterie continue toutefois à ouvrir de nouveau restaurant à travers la France. « Il faudrait laisser la place à nos concurrents ? », justifie Alexandre Maizoué. Les gérants de Crêches et Bar-le-Duc dénoncent, eux, une « fuite en avant » dont les franchisés feraient les frais.

Conséquence : l’un a refusé d’appliquer la dernière campagne de prix promotionnels et l’autre ne paye plus sa redevance mensuelle. Tous deux sont également sur le point de réclamer en justice la résiliation de leur contrat de franchise.

Christophe GOBIN

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