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Dieudonné / Charlie Hebdo : de la liberté d’expression à géométrie variable…

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J’ai entendu dire que ce dimanche, la France s’était mobilisée pour la liberté d’expression. Mais dès lundi, Bernard Cazeneuve était sur le pied de guerre pour la combattre. En effet, il s’indignait publiquement des propos de Dieudonné, qui a déclaré sur son compte Tweeter « Je me sens Charlie Coulibaly » (propos rapidement effacés ; voir ici la réponse de Dieudonné). Jusque là, pas de problème, chacun dit ce qu’il pense. Mais la liberté d’expression semble être interdite pour certains, puisqu’une information a été ouverte à l’encontre de Dieudonné pour « apologie d’actes de terrorisme »*… A cause d’une blague ! Certes pas drôle du tout pour beaucoup d’entre nous, certes complètement déplacée en période de deuil selon certains, mais cela reste une blague. Dieudonné n’incite personne à aller se battre en Syrie ou à commettre des attentats ici ou là-bas ! Il ne se reconnaît pas dans le tueur Coulibaly, il se reconnaît dans l’ennemi public que tout le monde haït (cf. « la minute de la haine » dans le roman « 1984 » de Georges Orwell), car il a lui-même été dans cette position.

En revanche, permettez-moi de rappeler que les gouvernements de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ont clairement donné un mobile aux aspirants djihadistes, en diabolisant constamment Bachar Al-Assad et en encourageant (le mot est faible) les « rebelles syriens », dont la plupart sont en réalité des groupes djihadistes. On a ainsi pu entendre Laurent Fabius déclarer que « Bachar Al-Assad ne mériterait pas d’être sur la terre ». Une sorte de fatwa laïque… Et là, aucun information pour incitation au djihad n’est ouverte, bizarrement… Il ne s’agissait pourtant pas d’une blague de la part du ministre des affaires étrangères, mais bien de premier degré.

Et je ne parle même pas du soutien direct ou indirect que la France a apporté aux djihadistes notamment en Syrie et en Libye. Directement, en armant et en entraînant. Et indirectement, via des pays alliés comme l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie, qui ont financé pour les deux premiers cités, et créé des bases arrières et assuré les lignes de ravitaillement pour la dernière. Je vous suggère à ce sujet notre dernier entretien avec le journaliste Jean-Loup Izambert. On y apprend notamment que la Syrie de Bachar Al-Assad était l’un des alliés les plus coopératifs avec nos services secrets dans la lutte contre le djihadisme…

Charlie Hebdo a le droit de rire d'un attentat. Dieudonné, non.

Je souhaite rappeler que la défense de la liberté d’expression, c’est comme l’ouverture d’esprit, l’indignation face à l’injustice, le respect envers autrui. Cela ne saurait être à géométrie variable. Soit on l’a pour tous, et c’est universel, soit c’est une posture temporaire, et c’est de l’hypocrisie.

Je terminerai cette tribune en donnant la liberté d’expression à Dieudonné car, qu’on l’aime ou qu’on l’aime pas, il touche dans ce sketch au cœur du problème que je soulève ici. Et il le dit avec ses mot à lui.

Raphaël Berland

* une vertu d’une loi anti-terroriste très controversée (voir ici la très intéressante conférence sur ce sujet que nous avons filmée). Patriot act, nous voila !

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